Trois ans déjà ont passé depuis que Max Simeoni manque à cette Corse à laquelle il aspirait. Il nous quittait le 9 septembre 2023. Une vie d’engagement, de fidélité, de détermination, de passion. Il était le fondateur. Celui qui y crut le premier, parmi ceux de sa génération qui se sont levés pour changer le sort du peuple corse ; habités par la foi en un avenir meilleur, la certitude d’un combat juste, la volonté de le mener au bout, au prix du sacrifice d’une vie bien rangée, de leur liberté, parfois de leur vie.
Max Simeoni était le stratège de toute cette période de renaissance d’une nation après deux siècles de répression et de mépris, un phare dans le tumulte des années difficiles, face aux barbouzes de l’État, la répression aveugle, les clans complices, les divisions nationalistes, les traitrises, le découragement… Il était celui qui gardait la tête froide, analysait les situations, rehaussait le débat, indiquait la voie à suivre, remotivait les troupes.
Sa pensée manque à nos décisions d’aujourd’hui.
Jusqu’à son dernier souffle, malgré l’âge et la maladie, il est resté en alerte, s’informant, analysant, désolé d’une Corse qui peinait à optimiser l’accession aux responsabilités des nationalistes, à tirer les leçons de 60 années d’âpres luttes, à investir sur la relève pour faire se lever une nouvelle génération de combat. Même après sa disparition, même malgré le rayonnement et le poids de son frère Edmond qui a tant compté lui aussi dans ces 60 ans de vie du peuple corse, il est et reste le fondateur. Celui qui a imaginé sans faux-fuyant l’avenir du peuple corse à une époque où l’on ne parlait encore que « d’ethnie corse », et indiqué les voies et les moyens pour l’ériger au rang de nation.
Son combat demeure le plus formidable défi qui soit pour le peuple corse et sa jeunesse : affirmer son existence, se frayer un chemin dans un monde de conflits, porté par la certitude du combat juste. Il nous avait donné les clés : le refus de la violence structurée en moyen de lutte, l’union du peuple corse, la démocratie pour la cultiver et bâtir un avenir de justice et de liberté, l’autonomie pour faire valoir nos atouts et structurer une économie par et pour le peuple, la Méditerranée et ses solidarités pour rayonner dans notre berceau, l’Europe et ses coopérations pour encenser l’amitié entre les peuples et construire là encore des échanges et des solidarités. Max avait tout pensé, une presse libre indispensable à informer, maintenir le lien entre le peuple et les aspirations autonomistes ; un parti démocratique pour rassembler non seulement les militants, mais aussi les générations, structurer la lutte, former la jeunesse à prendre le relai ; l’internationalisation, force et inspiration, pour affronter non seulement les États-Nations qui oppressent les langues et cultures et les droits des peuples, mais aussi pour résister à la mondialisation marchande et à la destruction du vivant. Max était un humaniste, un écologiste, un nationaliste au sens le plus noble, c’est-à-dire porté par la foi en une communauté humaine qui se reconnait d’une même terre, d’une même histoire, d’une même culture, d’une même langue, et qui se projette vers un même avenir, aspirant à se faire sa place dans le concert des nations, résister dans un monde d’interdépendances, affirmer son identité sans rejet de l’autre, sûre d’elle-même et de son droit à l’émancipation.
Rien à voir avec ces esprits renfermés sur eux-mêmes que d’aucuns voudraient aujourd’hui imposer comme définition au nationalisme corse. Un comble !
Après Aleria, il y a 50 ans, voici que la Corse se trouve face à un nouveau tournant.
Celui de l’autonomie à arracher, c’est bien ainsi que Max l’aurait appréhendé. Quel que soit notre degré de satisfaction de la loi constitutionnelle, c’est une étape capitale pour ne pas régresser et ainsi poursuivre le chemin que lui et tant d’autres nous ont tracé.
Chè no àppiimu a so vuluntà è u so sensu sumerinu. •
Voir et revoir le documentaire réalisé par Pierre Dottelonde consacré à Max Simeoni sur France3 Corse Via Stella : «Max Simeoni. Une vie au service de la Corse»








