Discret, bien que très présent, il fait le job sans tonitruer, Michel Castellani est un bon député, peut-être le meilleur qu’est connu la Corse jusqu’ici ! Présent à tous les grands débats, présent à toutes les grandes questions posées pour la Corse, présent aussi dans sa circonscription où il fait régulièrement des réunions, il a déjà répondu durant ses deux mandatures à de fortes attentes, comme celle de la loi qui a « sanctuarisé » la date du 5 mai en référence au terrible drame de Furiani, comme aussi pour pousser au débat la création d’un Centre Hospitalier Universitaire pour la Corse, comme encore son travail sur la vie chère dans l’île, ou pour soutenir le tissu économique insulaire et les PME, etc. Et bien sûr, le débat pour l’autonomie de la Corse. Au-delà du débat public, il y a les innombrables contacts qu’il faut mener en coulisses, les plaidoiries pour convaincre députés et ministres… À la veille de la rentrée parlementaire, il est déjà depuis un moment au travail pour les discussions budgétaires et pour appuyer la loi constitutionnelle pour l’autonomie de la Corse. Il répond aux questions d’Arritti.
Une nouvelle année parlementaire commence bientôt, avant de parler de tous ses enjeux, comment jugez-vous votre mandat à ce jour ? Quelles sont les lignes force que vous avez suivies pour défendre les intérêts de l’île toutes ces années ?
Je ne suis pas le mieux placé pour répondre. J’ai essayé d’être le meilleur, ou le moins mauvais, possible. En termes d’assiduité, il n’y a pas de problème, j’ai toujours été présent. Maintenant, sur le fond, j’ai pu établir au fil du temps une multitude de contacts, y-compris au plus haut niveau, ce qui permet de faire pas mal de pédagogie et de défendre nos dossiers. Les sujets ne manquent pas. En matière d’hôpital, de coût de la vie, d’enjeux économiques, de vie sociale, de transports… Le dossier Scola Corsa m’a mobilisé également. Je suis de plus sollicité en permanence sur une infinité de sujet ponctuels, par des municipalités, des entreprises et des particuliers. J’ai peu l’occasion de m’ennuyer.
Vous avez pris en charge un rapport sur la vie chère en Corse qui doit être remis sous peu au Premier ministre, quelle est la méthode que vous avez employée pour ce travail, les objectifs poursuivis et quand serez-vous en mesure d’en faire connaître les résultats ?
Il s’agit d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Dans certains secteurs, notamment celui de l’alimentation, les prix peuvent être jusqu’à 14% plus élevés que sur le continent. Cette situation ne peut pas continuer !
Début avril, le Premier ministre m’a demandé de lui remettre un rapport parlementaire sur ce sujet dans un délai de six mois. En lien avec Bercy, je rencontre donc depuis plusieurs mois des acteurs locaux et nationaux afin, d’une part, de comprendre comment de tels écarts de prix peuvent exister et, d’autre part, d’identifier des solutions permettant de réduire concrètement et durablement le coût de la vie par rapport au continent. Ce rapport sera remis au Premier ministre d’ici le 9 octobre.
La rentrée dans l’hémicycle c’est pour bientôt, mais ce mois de septembre est déjà chargé, quels sont les prochains rendez-vous à l’Assemblée nationale ?
Il y en a plusieurs, mais pour moi, membre de la commission des finances et rapporteur spécial du budget, ce sont évidemment les questions budgétaires qui m’occupent souvent. L’équation budgétaire, qui intéresse chacun d’entre nous, est extrêmement difficile à résoudre. Idem pour le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale. Mais pour un député de la Corse se posent en priorité les questions liées au coût de la vie, à la santé, au logement, à la langue, et, plus largement, au statut de l’île. Il me faudra bientôt défendre, comme chaque année, la revalorisation de l’enveloppe de continuité territoriale ! Et la bataille pour l’hôpital de Bastia continue. Plus tard j’espère que nous aurons à élaborer le contenu de la loi organique, et ce sera un combat historique.
Il y aura d’abord les Sénatoriales le 27 septembre qui compteront beaucoup pour cet enjeu. Il s’agit de ne pas se tromper de représentants pour la Corse puisque le Sénat examinera le projet de loi constitutionnelle quelques semaines plus tard… Que peut faire un député corse autonomiste en attendant pour convaincre du projet ?
Sur les sénatoriales en Haute-Corse, j’espère et je pense que Paulu Santu Parigi sera élu. C’est un sénateur remarquable par la continuité de son travail et son enracinement. Sa personnalité profondément corse est un atout, et plus encore le bilan de son mandat. Il sera précieux pour le prochain débat constitutionnel. Pour le reste de votre question, il convient d’être pédagogue, comme toujours. Ma, per certi, cavallu ch’ùn vole beie…
L’autonomie reste encore un vague projet pour les Corses, faute de loi organique et surtout du fait d’une contre campagne négative où les ennemis de l’île tentent de troubler le message. Concrètement, qu’est-ce qu’un statut d’autonomie peut changer dans le quotidien de notre peuple ?
Il faut comprendre que la situation de la Corse est particulière, et que pareille situation se traite mal avec des lois générales. Particulière par l’insularité bien sûr, mais aussi (et surtout !) par notre histoire, notre culture, et la médiocrité de notre vie économique et sociale qui contraste avec une croissance accélérée de la population. Pour mieux prendre en compte cette singularité il faut disposer de compétences en matière de foncier, de fiscalité et donc de budget, de culture… C’est cela l’autonomie. Ce n’est pas une baguette magique. Ça n’est pas l’indépendance non plus. En toute hypothèse, ce statut, qui élèvera le niveau de compétences, exigera des élus à la hauteur des responsabilités…
Est-ce que le débat budgétaire et le contexte français en général ne risque pas de venir encore perturber nos propres enjeux ? Va-t-on revivre la valse des Premiers ministres jusqu’aux présidentielles ?
La France est dans une situation politique et budgétaire très précaire. L’absence de majorité rend le gouvernement très instable et le déficit qui se creuse chaque jour annule les marges de manœuvre. Du coup les premiers ministres se succèdent, et cette instabilité contribue encore à renchérir les taux d’intérêt, et donc à aggraver la charge de la dette. Tout ceci est particulièrement malsain.
Et les présidentielles, suivies de législatives… à chacun de ces scrutins, on parle du danger du RN. En Corse, il se revendique même « nationaliste corse »… un comble ! Comment jugez-vous cette situation ?
Le seul fait patent que l’on doit prendre en compte est que lors du vote sur le projet de loi constitutionnel les 120 députés RN ont en bloc et sans nuance voté contre. Pour eux l’on était en train de défaire la France au nom d’un communautarisme corse. Au-delà du contenu idéologique que je ne commenterai pas, le RN est un parti qui exalte la France, et la diversité de ses territoires est conçue comme participant à cette grandeur, en Corse comme ailleurs. Je ne pense pas qu’il puisse y avoir dans cette approche une réelle solution à la profondeur historique de la question corse.
Il y aura les territoriales à la suite de ces scrutins nationaux… Comment faire pour que l’autonomie si nous l’arrachons, soit mise en œuvre par des autonomistes ?
Il n’existe qu’une seule solution, c’est que les autonomistes gagnent les élections ! Par l’intensité de leur travail, par l’adaptation de leur programme aux réalités profondes de l’île, c’est la meilleure solution politique, celle qui répond le mieux au bien collectif. Il suffit d’interroger l’histoire de la Corse contemporaine pour s’en convaincre. Qui a posé le problème d’une Corse qui avait été mise à la dérive économique, sociale et culturelle ? Et ce sont les forces politiques qui voudraient aujourd’hui retourner aux affaires qui ont ce bilan, passé et contemporain, désastreux. Face à l’enfumage et aux ambigüités, il convient d’avoir un peu de mémoire.
Chì messagiu vulete lampà à i Corsi di pettu à tutti sti ciambuttamenti ?
Ci vole à esse citatini, cuscenti di ciò chi si ghjoca. Simu un pòpulu annigatu in casa soia, è chi ùn hà micca e cumpetenze per ammaestrà u so destinu. Duvimu dunque rincalzà u cumbattu cumunu. Inde a nostra sucetà ci so interessi, situazioni è sensibilità diverse. Ma ci hè dinò ciò chì ogni Corsu deve purtassi à collu : u duvere di seguità è prulungà u solcu di a nostra storia. •








