Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2950

da u 17 à u 23 di sittembre di u 2026

U mo parè

Présidentielle 2027 : l’heure de la clarification

le 16/09/2026

Par François Joseph Negroni

Le 23 juin dernier, l’Assemblée nationale a adopté par 271 voix contre 202 le projet de loi constitutionnelle « pour une Corse autonome au sein de la République ». En octobre, le texte arrive au Sénat, où le groupe Les Républicains domine et n’a jamais caché son hostilité. Au printemps prochain, les Français éliront un nouveau président de la République. Ces trois dates dessinent le calendrier de la rentrée. Elles disent aussi l’essentiel : le processus engagé en 2022 entre dans sa phase décisive, et il y entre au moment précis où Paris ne pense plus qu’à 2027.

Le vote de juin est un fait politique majeur. Pour la première fois, une chambre du Parlement a approuvé l’inscription dans la Constitution d’un statut d’autonomie pour la Corse, la reconnaissance d’une communauté historique, linguistique et culturelle ayant développé un lien singulier à sa terre, et la possibilité pour la Collectivité de Corse d’être habilitée à fixer des normes adaptées à l’île. Trois des quatre députés corses ont voté pour. Le Rassemblement national et ses alliés ont voté contre ; une partie de la droite s’est réfugiée dans l’abstention.
Mais la révision constitutionnelle obéit à une mécanique exigeante : adoption dans les mêmes termes par les deux assemblées, puis majorité des trois cinquièmes au Congrès. Rien n’est donc acquis tant que le Sénat n’a pas voté un texte conforme ou qu’un compromis n’a pas été trouvé. Et le calendrier joue contre nous. Chaque mois qui passe rapproche l’échéance présidentielle, et avec elle la tentation, pour chacun, de ranger le dossier corse parmi les sujets qui divisent et qu’il vaut mieux laisser dormir. La rentrée parisienne bruisse déjà de candidatures, de stratégies d’alliance et de sondages. Le risque est connu : que la Corse redevienne un thème de campagne au lieu de rester un chantier de gouvernement.

Le Sénat, premier test de sincérité
Les réserves de la droite sénatoriale sont connues. Elles tiennent en deux mots : indivisibilité et exception. Le président des Républicains, désormais candidat à l’Élysée, voit dans le texte une atteinte aux piliers de la République. L’argument mérite d’être pris au sérieux, précisément pour être réfuté.
L’autonomie ne fracture pas la République ; elle corrige son inadaptation. Les mécanismes actuels d’adaptation des normes ont été jugés complexes et inopérants par la mission d’information de l’Assemblée nationale elle-même. Pendant ce temps, la Corse affronte des problèmes que le droit commun ne sait pas traiter : une spéculation foncière qui chasse les jeunes de leurs villages, la vulnérabilité énergétique d’une île faiblement interconnectée, le coût de la vie insulaire, la fragilité de la langue. Sur chacun de ces sujets, l’autonomie est un instrument : la capacité de produire, ici, des règles qui répondent à ce qui se passe ici. Les Açores, Madère, la Sardaigne, les Baléares ou Åland en disposent depuis des décennies sans que l’unité de leurs États en ait souffert.
Le débat d’octobre dira donc si la majorité sénatoriale entend amender pour construire ou amender pour enterrer. Les deux attitudes n’ont pas la même signification politique. Les Corses sauront faire la différence.

2027, l’échéance qui oblige
C’est là que la rentrée prend tout son sens. Le président qui a ouvert le processus ne sera pas candidat. Celui ou celle qui lui succédera héritera d’une révision peut-être inachevée, d’une loi organique à écrire et d’une consultation des électeurs corses à organiser. L’essentiel du travail commencera donc après mai 2027. Le processus engagé à Beauvau peut devenir la base d’un règlement durable de la question corse. Il peut aussi rejoindre la longue liste des occasions manquées, du statut particulier de 1982 au processus de Matignon.
Voilà pourquoi aucune candidature ne pourra se contenter d’une formule de circonstance. Chaque candidat devra dire clairement trois choses : s’il reconnaît la légitimité du suffrage des Corses, qui ont porté à plusieurs reprises des majorités autonomistes à l’Assemblée de Corse ; s’il s’engage à mener la révision constitutionnelle à son terme ; et quel contenu il entend donner au pouvoir normatif de la Collectivité. Le silence, l’ambiguïté ou le renvoi à plus tard seront aussi des réponses. Ils seront lus comme tels.
La question se posera avec une acuité particulière aux formations qui font de l’hostilité à l’autonomie un marqueur identitaire. Le Rassemblement national, qui s’est abstenu en commission avant de voter contre en séance, devra expliquer aux électeurs de l’île ce qu’il leur propose à la place. Le statu quo institutionnel, c’est le maintien d’un cadre dont chacun mesure les limites, du logement à l’énergie en passant par la langue. Refuser un outil sans en proposer d’autre n’est pas une politique. C’est une posture.

La clarification commence chez nous
Cette exigence vaut également pour nous. La clarification ne se réclame pas seulement à Paris ; elle se construit en Corse. Elle suppose de dire d’une voix claire quelle autonomie nous voulons : quelles compétences, pour quels résultats, avec quels moyens. Elle suppose de démontrer, dès maintenant, dans la gestion de nos collectivités, que la responsabilité locale produit de meilleures décisions. Elle suppose enfin d’écarter deux pièges : le découragement, qui ferait croire que Paris ne cédera jamais, et la surenchère, qui offrirait à nos adversaires le prétexte qu’ils attendent.
Le mouvement national, depuis Edmond Simeoni, a toujours tenu cette ligne : la démocratie comme méthode, la responsabilité comme preuve, l’autonomie comme horizon concret. C’est elle qui a conduit jusqu’au vote de juin. C’est elle qui doit nous mener plus loin.
Les mois qui viennent diront qui, à Paris, respecte le suffrage des Corses et qui préfère l’ignorer. Nous aborderons cette séquence unis, lucides et déterminés. Pour la Corse comme pour la République, 2027 doit être l’heure de la clarification. •

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