ÉLECTIONS EN IRLANDE DU NORD

Vers la réunification de l’Irlande ?

Vendredi 3 mars avaient lieu des élections en Irlande du Nord suite à la chute du gouvernement de l’Ulster. Avec une participation en forte hausse, la poussée du Sinn Féin et la fin de l’hégémonie des partis unionistes (pro-britanniques), les résultats sont historiques ! Allons-nous vers la réunification de l’île ?

 

Tout d’abord, bonne nouvelle, la participation a été en très forte hausse ! Avec 64,8% de participation, soit 9,8% de plus qu’en 2016, le plus haut taux de participation depuis les accords de paix en 1998, la preuve est faite que la démocratie est toujours forte en Ulster et surtout que les résultats sont incontestables !

Ensuite, les unionistes (favorables au maintien de l’Irlande du Nord au Royaume-Uni) ont perdu leur majorité absolue au Palais de Stormont, le Parlement nord irlandais ! Pour la première fois, avec 40 sièges sur 90, il n’y a plus de majorité politique en faveur du statu quo ! De plus, le bloc républicain (favorable à la réunification des deux Irlandes) fait jeu égal avec les unionistes. Avec 39 sièges, les républicains ont une opportunité historique de réunifier l’île.

Cependant, aucun des deux blocs n’a la majorité absolue et le rôle des 11 « indépendants » sera crucial. Défendront ils le statu quo ou soutiendront-ils un processus démocratique qui pourrait mener à la réunification de l’île ? Pour la première fois en 20 ans, tous les espoirs sont permis en Ulster !

 

Grosse poussée du Sinn Féin! Le DUP (Parti Unioniste Démocrate — droite conservatrice pro-britannique) reste et demeure le premier parti avec 28,1 % des voix (-1,1 %) et 28 sièges mais essuie une perte sèche de 10 sièges !

Par la même occasion, il perd le pouvoir de bloquer un texte au Parlement, le droit de véto qu’il détenait nécessite de détenir un minimum de 30 sièges. Le Sinn Féin (nous-mêmes – républicain irlandais) est le grand vainqueur de cette élection car c’est le seul parti à progresser (+3,9%) et obtient 27 sièges (-1 siège).

Viennent ensuite le SDLP (Parti Social- Démocrate et Travailliste – républicain irlandais) qui reste stable avec 11,9 % des voix (-0,1 %) et conserve ses 12 sièges ; le UUP (Parti Unioniste d’Ulster – unioniste) qui se stabilise en voix 12,9% (+0,3%) mais perd 6 sièges avec un total de 10 élus ; le parti Alliance (« non alignés ») qui conserve ses 8 élus avec 9,1 % (+2,1%); les écologistes conservent leurs deux sièges.

Du fait de la réduction du nombre d’élus (108 dans le précédent Parlement et 90 dans le nouveau) et du mode de scrutin très complexe (avec vote préférentiel), le nombre de sièges obtenus peut paraître étrange mais les résultats définitifs sont formels, le Sinn Féin, et les républicains, sortent grands vainqueurs de ce scrutin !

 

Les conséquences du Brexit.

Rappelons que, lors du référendum sur le Brexit (le 23 juin 2016), l’Irlande du Nord (tout comme l’Écosse) a voté, à 56 % pour rester dans l’Union Européenne car les Irlandais ne voulaient pas quitter l’UE alors que le reste de l’Irlande allait y rester. Et c’était d’ailleurs le principal argument de campagne du Sinn Féin qui a défendu le « Remain » (rester dans l’UE) quand le DUP faisait ouvertement campagne pour le «Leave» (quitter l’UE). Et si les Irlandais du nord sont contraints de quitter l’UE, c’est parce que les Anglais, en votant majoritairement pour sortir de l’Union, ont fait basculer tout le Royaume-Uni vers la sortie !

Dès le 24 juin, le Sinn Féin rappelait le contenu des accords du Vendredi Saint (1998) qui ont permis d’instaurer la Paix en Ulster et qui prévoyaient la possibilité d’organiser un referendum d’auto détermination. Avec la fin de l’hégémonie des unionistes, l’opportunité est historique !

 

Après l’Allemagne, l’Irlande ?

La construction européenne a d’abord et avant tout été lancée pour garantir la paix sur le Continent européen, du moins entre les peuples membres de l’UE. Et s’il y a bien un endroit en Europe où la paix a été difficilement assurée c’est bien en Irlande du nord ! La Commission européenne ne peut plus se cacher derrière l’argument fallacieux que les mouvements d’auto-détermination sont des affaires intérieures. Garantir la Paix en Ulster est un devoir de la Commission européenne. Elle doit agir, y compris pour garantir un processus démocratique de transition.

Trente ans après la réunification de l’Allemagne, l’Europe sera-t-elle capable de permettre de réunifier un autre pays, si les Irlandais du nord le souhaitent, et de reconstruire un autre peuple, de panser d’autres plaies de l’Histoire ? Souhaitons-le ! Car à Belfast se joue, peut-être, l’avenir de l’Europe, l’avenir de la Paix mais aussi la naissance d’une autre Europe, d’une Europe des peuples !

 

 Roccu Garoby

Vice-Président de l’ALE Jeune.