La semaine dernière, Arritti consacrait un dossier sur les menaces qui pèsent sur les associations en charge du logement d’urgence en France et par conséquent en Corse. Ce 20 décembre à Aiacciu, un déséquilibré, armé de couteaux, a menacé plusieurs personnes. On a probablement échappé de peu à un drame plus lourd encore, les rues étant bondées de passants, de femmes, d’enfants en cette période de Noël. Après avoir tenté de l’appréhender en vain, la police a abattu l’homme. Triste scène d’une chronique qui deviendra de plus en plus ordinaire. Car cette affaire pose le problème avant toute chose de la prise en charge des publics précaires et fragilisés par la vie. Dans un communiqué, toujours la semaine dernière, les associations la Croix Rouge, A Fratellanza, La Fraternité du partage, alertaient : « Ne nous étonnons pas demain de vivre des drames dans nos propres villes, sous nos propres yeux »… Ci-dessous ce communiqué prémonitoire. Cette alerte doit impérativement conduire les pouvoirs publics à agir pour renforcer les centres d’accueil à même de repérer, canaliser, orienter médicalement ces personnes en détresse sociale.
La réaction du Dr Pernin, porte-parole de la Coordination de lutte contre les exclusions, au drame d’Aiacciu, est dans la suite de ce communiqué qui pressentait hélas la catastrophe à venir.
« Si ce jeune avait été pris en charge dans un centre d’hébergement d’urgence sociale (CHUS), il aurait pu être détecté et redirigé vers un hôpital psychiatrique, car lorsque le réseau a des moyens, il fonctionne très bien » confie à notre confrère Corse-Matin le Dr Pernin. « Après avoir pris soin de Notre-Dame de Paris, prendrons-nous soin des misérables ? » interroge-t-il encore tout en rendant hommage aux personnes qui ont fait face à cette situation difficile et ont réagi au danger comme ils le pouvaient. Certains d’ailleurs ont fait preuve d’un courage peu commun qu’il faut saluer.
Depuis des années les fonds dédiés à la santé comme à la politique sociale se dégradent et l’humain n’est plus la priorité depuis un moment. « Les professionnels du travail social sont en souffrance » dit encore le Dr Pernin… Autant dire qu’il y aura d’autres drames car « pour cacher une population que l’on ne veut pas voir, la rue et les prisons deviennent des hôpitaux psychiatriques à ciel ouvert ». •
U cumunicatu di l’associ (principiu di dicembre)
« Aujourd’hui, les plus fragiles, les plus faibles, les sans voix, sont touchés dans leur propre existence.
Certaines urgences vitales : hébergement, alimentation, sont anéanties de plein fouet par les restrictions budgétaires aveugles qui frappent les associations qui, du mieux que possible, les assuraient. Ce sont les centres d’hébergement d’urgence (CHUS), les restaurants sociaux dont les budgets sont brutalement rognés, les contraignant à cesser leurs activités d’hébergement et une part de leurs activités alimentaires.
Les plus pauvres, qui bénéficient de ces aides vitales, voient brutalement se refermer les portes de ces lieux d’humanité, car ces associations ne peuvent plus fonctionner.
Que leur reste-t-il, à ces personnes fragiles, déjà atteintes dans leur santé physique et psychique ? Que leur reste-t-il sinon la rue ? En plein hiver. Ne nous étonnons pas demain de vivre des drames dans nos propres villes, sous nos propres yeux. Les mêmes qui, hier, rendaient hommage au Dr Xavier Emmanuelli, renvoient aujourd’hui à la rue ceux qu’il protégeait !
À la veille des élections municipales, nous souhaitons que les différents candidats inscrivent dans leur programme ce souci du plus faible.
Et que, dès aujourd’hui, les responsables politiques municipaux, territoriaux, nationaux sachent compenser cette catastrophe humanitaire qui se déroule sous nos yeux dans nos propres villes.
Il en va de la survie immédiate des plus fragiles d’entre nous. » •








