Per Campà in Pace* (lire notre dossier de la semaine dernière) est une association mise en place par le Cardinal François Xavier Bustillo, évêque de Corse, et le Dr François Pernin, porte-parole de la Coordination interassociative de Lutte contre les Exclusions (CLE). Son but est de rassembler des fonds pour la rénovation de logements sociaux actuellement fermés, faute de moyens pour les rénover. On estime à environ 500 les logements actuellement vacants (non occupés) dans les seuls Offices Publics de l’Habitat de Corse (CdC et CAPA). Mais le rythme des attributions est lent, faute de moyens.
Il faut agir. C’est ce qu’ont pensé quelques bonnes âmes qui ont fondé l’association Per Campà in Pace « pour restaurer la dignité ».
Mais que vient donc faire l’Église sur la question du logement, serait-on tenté de penser en prime abord ? L’Église de Corse en effet n’est pas riche, et démultiplie déjà les appels aux dons. Ses biens ont besoin d’être restaurés, il lui faut assurer une subsistance aux prêtres qui ne sont pas nombreux et se donnent sans compter dans leurs paroisses. Le traitement moyen d’un prêtre est largement inférieur au SMIC (entre 950 et 1.150 € selon le blog d’entreprises L’Essentiel de l’Éco). Même s’ils sont logés gratuitement ou à faible coût dans des paroisses, c’est peu pour vivre. Quant à la retraite, les prêtres cotisent à la CAVIMAC (Caisse d’assurance vieillesse invalidité et maladie des cultes) et perçoivent le moment venu entre 400 et 650 € toujours selon L’Essentiel de l’Éco. Certains diocèses peuvent y ajouter un minimum interdiocésain garanti (MIG) pour relever un peu ce revenu mais il restera inférieur à 1.000 €.
En dehors de la région Alsace-Moselle, qui bénéficie de droits particuliers, l’Église ne perçoit aucune subvention depuis la loi de séparation avec l’État (1905), les dépenses sont donc essentiellement assurées par ses ressources propres et les dons des fidèles, via le denier du culte.
Enfin, il y a la formation des séminaristes, coûteuse elle demande un gros effort du diocèse, (environ 33.000 € pour sept ans de formation par séminariste).
Bref, l’Église n’est pas en grande forme financière, et pourtant, c’est encore aux plus pauvres qu’elle pense en cette période de carême.
Sollicité par le Dr François Pernin de la Coordination interassociative de Lutte contre les Exclusions (CLE), et quelques autres personnes autour de lui, le Cardinal Bustillo a donc pris l’initiative. L’association Per Campà in Pace a été créée dans le but de mener des campagnes de dons. La première se penche sur la problématique du logement. Arritti en a rendu compte la semaine dernière, mais nous revenons ici sur la genèse de cette démarche.
L’idée est née à la suite de la venue du Pape François en Corse et du bel élan de générosité qu’elle avait suscité, permettant de concrétiser ce déplacement. En l’espace de quelques jours, entreprises, commerçants, fidèles ou non, mus par la fierté insulaire, ont rendu cette rencontre possible entre Papa Francescu et le peuple corse. François avait rendu un bel hommage à la Corse par ses messages, ses attentions et la fameuse phrase prononcée au terme de son voyage : « Mi sono sentito a casa »…
La tentation d’un prolongement concret bénéfique pour la Corse est alors apparue comme évidente. Ce 14 février, le Cardinal Bustillo et le Dr Pernin donnaient ensemble une conférence de presse pour expliquer la démarche*.
• Leghje dinù
Aider à résoudre la crise du logement, soulager des familles dans un domaine essentiel à la lutte contre la précarité, c’est l’objectif. Certes, il s’agit d’un simple geste, celui du petit colibri cher au
Dr Pernin qui n’hésite pas à rappeler que ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières. Mais ce petit geste va compter dans la vie de familles insulaires. L’Église elle-même annonce un premier don pour rénover deux logements. Il importe à chacun d’entre nous d’imiter ce geste car il n’y a pas de petits dons, il y a une mise en solidarité qui va permettre de débloquer les moyens nécessaires à la remise en état de logements aujourd’hui fermés.
Car la Corse est en déficit en matière de logements. Quand il y a 80 logements sociaux pour 1.000 habitants sur le Continent, qui vit déjà une crise importante, il y en a seulement 45 pour 1.000 habitants en Corse. Moins de 1.000 logements sont attribués à des familles alors que près de 8.000 demandes sont en attente. Parfois depuis de nombreuses années.
Et les conséquences sociales peuvent être graves. « Quand vous avez un logement, vous pouvez vous soigner, mieux vous alimenter, avoir une vie sociale et envisager des projets. Sans logement, vous ne pouvez rien construire » explique le Dr Pernin.
L’association espère lever 100.000 € la première année, ce qui permettrait de rénover une quinzaine de logements sur l’ensemble du territoire. C’est à dire de loger une quinzaine de familles. Une quinzaine de familles relogées par an… ce serait déjà une belle chose ! De quoi enclencher peut-être chez nos décideurs une dynamique plus importante en termes de priorité politique à consacrer à cette question du logement. Sustenite ssa dimarchja. •
• Les modalités de paiement se mettent en place. Mais vous pouvez d’ores et déjà adresser vos dons à :
Per Campà in Pace, Évêché de Corse, 8 bd Sylvestre Marcaggi, 20000 Aiacciu.








