E riflessioni di Max Simeoni

La Corse, des Présidentielles à la Région

Max Simeoni, Bastia
par Max Simeoni
Dans sept semaines, le premier tour de la Présidentielle française. C’est la course aux parrainages avant la clôture pour ceux qui sont tangents mais aussi les bien moins lotis s’ils espèrent jouer un rôle en échange de consignes de votes.

 

 

Le mieux placé est le Président sortant. Les sondages lui sont favorables alors qu’il n’est pas encore officiellement candidat. Il peut développer une campagne soft à l’international qui est son domaine et, en tant qu’Exécutif, il peut distribuer des primes, des compensations, des soutiens à tous les secteurs d’activité mis en difficulté par la crise sanitaire et ses conséquences économiques, sociales et culturelles.

La ligne d’horizon de ses éventuels concurrents n’est pas dégagée, elle est restreinte et noyée dans le brouillard zébré de quelques éclairs. À Droite, Marine-Zemmour, Pécresse contestée dans sa famille. Hidalgo voudrait déterrer le PS de Hollande, Mélenchon croît en lui depuis toujours pour donner corps à une Gauche gagnante. Mais il en est d’autres qui ont ce même rêve…

 

Comme toujours, la Corse à sa fanfare à part. Les préfets sont devenus des supplétifs d’infanterie, les clans désarticulés étant hors-jeu, les nationalistes restent majoritaires « absolus » à la CdC et, désunis, ils n’ont plus de coalition. Les préfets cherchent à rameuter des coalitions contre eux. Mais qu’est-ce un préfet ? Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur de Chirac, l’a dit : « il est là pour faire ce que le gouvernement lui demande ». C’est un pion que le pouvoir central place ou déplace selon ses besoins politiques. Il est inutile de spéculer sur le départ ou l’arrivée d’un préfet, d’y voir un signe bon ou non, il est dans les mains de son maître. Il peut être une fausse carte pour tromper. Les ministres en passent et viennent de même.

Malgré tout, malgré les nationalistes non unis, malgré la charge préfectorale contre eux, des points ont été marqués.

Le groupe Libertés et Territoires, avec l’action de nos trois députés corses, a fait voter une loi anti-spéculative. Le gouvernement était contre, mais on verra comment elle sera mise en œuvre. Le groupe EELV fonctionne bien avec l’ALE à Bruxelles. Le rapprochement avec les Verts a commencé avec la venue chez nous d’Antoine Waechter lors de sa candidature à la Présidentielle de 1988 et j’ai été élu député européen sur sa liste en 3e position en 1989. J’ai siégé avec le groupe ALE, une liste commune Verts-autonomistes n’ayant pu se faire, condition que je demandais en préalable et acceptée par les Verts. L’ARC, comme les autres nationalistes, faisaient de l’écologie naturellement quand ils militaient contre les essais nucléaires à l’Argentella, les boues rouges de la Montedison au large du Cap Corse, ou contre la baléarisation du littoral (affaire du rapport secret de l’Hudson Institute).

François Alfonsi a fait voter à une quasi-unanimité une recommandation du Parlement européen pour inciter les États à agir en faveur des langues régionales. Sans écho à Paris. On n’est pas sorti de l’Europe des États, celle des peuples est séquestrée par l’État jacobin républicain. La Charte des langues minoritaires a été reléguée au débarras, le rapport de l’Unesco sur ces langues de 2002/2003 non audible en bord de Seine. Les cautions institutionnelles internationales linguistiques et démocratiques n’ont pas manqué. Rien n’y fait.

 

La question qui se pose alors : où est l’erreur des nationalistes, puisqu’ils n’existent que pour sauver un peuple, sa langue et sa terre insulaire ?

Ils se trompent sur les moyens à mettre en œuvre. Ils se sont laissés enfermer dans des voies sans issues. Certains ont voulu copier la violence politique, genre lutte de libération nationale du FLN algérien, mais les conditions des deux peuples sont totalement différentes. Même si la violence peut être inévitable pour résister aux provocations du pouvoir jacobin quand il veut faire reculer des acquis obtenus par l’action démocratique, c’est cette dernière qui est émancipatrice sur le long terme nécessaire à une prise de conscience de qui se sent Corse. Mais le temps nous est compté, d’autant plus que le mouvement de renouvellement de la population est volontairement accéléré par la République des jacobins.

Je reviens à la loi Douanière de 1818 à 1913. 95 années de non développement, les Corses sont une réserve d’hommes pour l’Empire colonial et la guerre de 14/18. Vidée en 1962, année de l’indépendance de l’Algérie (accords d’Evian), l’île n’a plus que 160.000 hab., tandis que je m’installais comme médecin à Bastia. Les accords économiques (CA, Énergie…) préparent pour le long terme la construction politique de l’Europe qui semble en difficulté. Un statu quo mi-chèvre mi-chou.

Or, en quelques décades, la population a doublé, elle est passée à plus de 330.000 hab. pour être conforme au schéma d’aménagement secret de l’Hudson Institute, voté en Conseil des ministres en 1970/71. Détaxes fiscales (-30 % pour les constructions à valeur locative), explosion des résidences secondaires, apport de nouveaux venus pour rentabiliser la consommation des produits extérieurs (plus de 97 % d’alimentaires) pour un développement tout tourisme qui pèse 20 % du PIB insulaire, trois fois plus que les autres régions touristiques de l’Hexagone…

 

L’erreur est de ne pas avoir un mouvement national corse comme moteur du sauvetage du Peuple Corse en voie de disparition… De se laisser enfermer dans des statuts particuliers insuffisants et les élections pour ces statuts. •

 

Note : Le préfet, prenant le large, a privé le droit d’Arritti des annonces légales en Corse-du-Sud, voulant mettre en péril sa parution. Un défi à relever. La liberté de la presse est un fondement de la démocratie, paraît-il. La République est une démocratie inachevée ? Elle a couvert, voire suscité, des actions de polices parallèles. L’imprimerie d’Arritti, faite avec les dons militants, a été détruite en 1977. L’État Barbouze ?