U Fundatore

Vue la menace, le temps perdu est un crime

Max Simeoni
Max Simeoni
À la lecture de cet article du 23 février 2018, on mesure toutes les épreuves que nous avons dû endurer depuis l’accession aux responsabilités et la somme de patience qu’il a fallu pour construire un rapport de force. Le futur statut sera-t-il une véritable autonomie ? Il sera au moins une avancée indéniable ! È sapemu bè ch’ellu ci volerà torna à scumbatte. Chì a strada ferma longa versu l’emancipazione di u nostru pòpulu. Una cosa hè sicura, sè no tiremu tutti inseme, forse un ghjornu sciapperà, è più forti saremu sè uniti simu.

 

 

Vue la menace, le temps perdu est un crime

par Max Simeoni

 

Discussion autour de la Constitution : le président presse les natios dont l’énergie est mobilisée dans ce jeu. En face, les restes du système clan en sont réduits à chanter ensemble et à s’offrir au pouvoir central comme supplétifs. Chienlit générale ! Il est urgent de serrer les rangs. Les mécanismes d’érosion continueront tant que l’autonomie et la reconnaissance du Peuple Corse ne seront pas la loi. Le temps perdu est plus qu’une erreur, plus qu’une faute. Vue la menace qui plane : c’est un crime.

Récapitulons. Il y a d’abord eu le « chiche » d’un ministre voulant mettre en place l’Assemblée Unique, idée validée par Macron ; Il y a eu ensuite, un score de plus de 56 % aux élections territoriales, score qui impose les natios à la CTC.

Cette ascension des natios, conduit à un face à face avec le pouvoir.

Macron candidat paraissait ouvert. Les natios espéraient une ouverture intéressante, ils n’avaient aucune raison de penser le contraire ; sans abandonner une prudente réserve.

 

Quand la partie commence. Dès lors que les natios s’installent, ils rappellent le pourquoi ils ont été élus : coofficialité, résidence, fiscalité patrimoniale, rapprochement des prisonniers politiques, le programme du Padduc (un minimum pour faire consensus) voté sous l’égide de Paul Giacobbi via Maria Giudicelli.

Ils affirment aussi vouloir aller vers plus d’autonomie, plus de pouvoir.

« On va discuter sans tabous », leur répond le slogan officiel en écho. Et, après des visites ministérielles, le discours se précise : le minimum Padduc est anticonstitutionnel, l’avenir de la spécificité corse peut se concevoir en la plaçant dans la Constitution.

S’en suit tout l’embrouillamini de l’article 72, 73, pas le 74…

La lucarne pourrait être, d’ici quelques mois, dans la réforme de la Constitution dont le président Macron a besoin pour moderniser la France.

Il est alors demandé aux natios de fournir, avant un mois, ce qu’ils considèrent nécessaire pour assurer la spécificité de la Corse.

Ces derniers affirment vouloir jouer le jeu à fond et présenter un plan complet dans le délai fixé.

 

Le contexte change. L’article 72 semble avoir été abandonné. Plus rien n’est sûr, ni pour le 73, ni pour le 74 (qui pourrait revenir dans la course), ni pour tout autre nouvel article quant à leurs contenus rédactionnels.

Quant au parcours institutionnel : Conseil d’État, commissions des chambres, Conseil Constitutionnel, il relève des dons de madame Soleil.

Certes le dialogue n’est pas rompu, mais le président presse les natios dont l’énergie est mobilisée dans ce jeu, au détriment de la gestion insulaire de leur responsabilité ; au détriment des problèmes de politiques locaux et internes en particulier.

Ils risquent des surprises et une usure accélérée !

Ce long parcours vers la lucarne constitutionnelle ils devront le suivre, lestés par la mise en place progressive de l’Assemblée Unique (AU) au demeurant mal ficelée. Et alors même, qu’en parallèle, le Président cherche à ranimer les acteurs non natios ou carrément anti-natios pour restreindre leur masse de manœuvre.

Des acteurs qui ont cru que le président leur tendait des perches et qui ont soutenu la contention des majoritaires CTC : inutile d’aller au 74, le 72 ou le 73 aménagés suffisent, l’Assemblée Unique à peine née les natios veulent encore plus d’institution…

De concert, la gauche et la droite défendent que, ce qui importe c’est le développement économique.

Mais, de fait, ces partis s’accordent uniquement sur le fait de contrer les « phantasmes » institutionnels des natios. Ainsi, les restes du système clan en sont réduits à chanter ensemble et à s’offrir au pouvoir central comme supplétifs, ce qu’ils sont par clanisme.

Le pouvoir les traite en fonction de leur poids réel. Ils étaient caressés dans le sens du poil lorsqu’ils tenaient bien leurs « clients ». Si quelques-uns ont conservé une dose d’idéal pour leurs convictions politiques, ils devraient être avec ceux dont le combat est lié étroitement avec celui de la démocratie : les natios.

 

La phase actuelle est celle d’une chienlit générale. Paris, capitale politique, s’incline sous un joug jupitérien et les dieux de l’Olympe sont électrocutés, momentanément paralysés.

Dans l’île le clanisme est sans courroie de transmission et le dépannage ne peut venir que du Pouvoir central dans la mesure où il jugulerait les natios.

Ceux-ci pataugent aussi, un tant soit peu.

Les autonomistes en sont encore à une structure d’alliance électorale avec équilibre des listes et partage des postes de gouvernance de gestion. Ils n’ont pas encore fait la fusion et en ont voté les statuts. Ils illustrent le dicton de la peau de l’ours. Ils superposent les problèmes sans une fondation assez solide.

Il est urgent de mesurer tous les aléas sur la route de l’émancipation du Peuple Corse, ceux prévisibles en sachant qu’il en est d’imprévisibles. Cette conscience prise, elle implique la nécessité urgente de serrer les rangs et d’améliorer la cohérence des acteurs qui sont aux responsabilités et des militants au sein du Peuple. Les mécanismes d’érosion continueront tant que l’autonomie et la reconnaissance du Peuple Corse ne seront pas la loi. Le temps perdu est plus qu’une erreur, plus qu’une faute. Vue la menace, on peut dire que c’est un crime. •