Il y a 60 ans a été fermée la mine d’amiante de Cànari qui fournissait toute la France en ce matériau alors très en vogue, mais devenu depuis synonyme de cancer de la plèvre et du poumon. Depuis sa fermeture, la Mine de Cànari était comme un bâtiment fantôme en bord de route, et les contreforts de la mine, non stabilisés, faisaient peser des menaces constantes d’éboulements sur la route qui est la seule à desservir les communes de la côte ouest du Cap Corse.
Sécuriser le site était une nécessité absolue, mais les industriels exploitants de l’époque ont disparu, comme cela a été le cas dans plusieurs autres dossiers de sites abandonnés sur le continent, qualifiés de « sites pollués à responsable défaillant ».
Aussi l’État a créé un fonds dédié pour ces réhabilitations coûteuses et techniquement difficiles. À Cànari, c’est l’Ademe qui a été désignée pour mener à bien le chantier.
Les premiers travaux, les plus coûteux, ont été réalisés entre 2005 et 2023 pour stabiliser les verses qui menaçaient de dévaler vers la route : création d’une piste, pose de filets métalliques pour empêcher la chute de roches peu stables, etc.
Puis il a fallu prendre des décisions pour le bâtiment principal, celui du bord de route, et deux autres plus modestes en amont. Ces locaux étaient très fortement pollués et largement dégradés. La seule solution était leur démolition et l’entreposage des gravats (7.000 tonnes !) dans les galeries mêmes de la mine, là où le dépôt de matières amiantées ne pose pas de question environnementale puisque l’amiante y abonde déjà à l’état naturel.
Colmater ces « puits d’amiante » de façon à ce qu’il ne puisse plus rien en émaner à l’avenir dans l’environnement était un autre aspect de ce chantier qui a été mené à bien.
Le bâtiment principal était adossé à la colline par un mur de soutènement gigantesque qui a été conservé comme ouvrage de soutènement dont le rôle est essentiel pour stabiliser les gravats accumulés en amont.
Pour les communes de Cànari et Ugliastru qui étaient directement impliquées dans le chantier, la crainte était présente que le chantier lui-même ne soit source de nouvelles pollutions à l’amiante.
Pour répondre à ces préoccupations, l’organisation du chantier a mis en place un maillage dense de points de mesures dans les zones habitées voisines, sur le site lui-même, et dans l’environnement naturel proche, avec l’engagement de rester sur tous ces points en dessous de la norme sanitaire légale de 5 fibres par m3. Ce qui a été respecté avec soin, tandis que la population était régulièrement informée par l’Ademe du suivi du chantier.
Lors de ces contacts réguliers, l’échange avec la population locale a conduit l’Ademe à proposer de réaliser une gigantesque fresque murale sur le mur de soutènement de l’usine qui a été conservé. Celle-ci, réalisée en concertation avec les habitants qui ont rassemblé de nombreuses photographies d’époque, retrace les souvenirs de la période d’activité de la mine qui faisait travailler des centaines d’habitants de la région.
C’est l’association corse Popul’Arte qui a été en charge du projet, et qui a confié sa réalisation à une artiste portugaise réputée du Street Art, Maria Duarte Santos. Le résultat est saisissant et à travers elle le site de Cànari continuera de porter témoignage de cette page de l’histoire industrielle de la Corse.
Ce chantier a été mené avec professionnalisme : des acteurs compétents, des délais respectés, une concertation réelle avec les élus et la population, qui a débouché sur le financement par l’opérateur d’une œuvre artistique remarquable autour de la mémoire des habitants et des descendants de ces centaines d’ouvriers qui, pour beaucoup, ont été victime de maladies professionnelles liées aux méfaits de l’amiante. •








