Le docteur Xavier Emmanuelli nous a quitté samedi 16 novembre, emporté par une crise cardiaque. Il avait 87 ans. Médecin anesthésiste-réanimateur de formation, il a consacré sa vie aux urgences humanitaires. C’était un infatigable défenseur des plus démunis et des plus rejetés de la société. Il était encore parmi nous le 15 octobre dernier pour nous parler des enfants des rues aux côtés de la Coordination inter-associative de lutte contre l’exclusion (CLE) qui organisait son colloque annuel contre la pauvreté et la misère à Aiacciu.
Profondément humaniste, Xavier Emmanuelli avait cofondé l’association Médecins Sans Frontières au début des années 70. Il avait ensuite fondé le Samu social de Paris, puis le Samu social international, la fédération des Samu sociaux, les cellules d’urgence médico-psychologique (CUMP), l’association Les Transmetteurs, qui regroupe d’anciens retraités ayant exercé dans le domaine de la santé, de l’éducation ou du social pour venir bénévolement en appui des besoins du terrain. C’est dire s’il a marqué de son empreinte l’urgence sociale en France et dans le monde.
Il a été également Secrétaire d’État chargé de l’action humanitaire d’urgence (1995-1997) et président du Haut-Comité pour le logement des personnes défavorisés (1997-2015).
« On ne peut pas ne pas aider son prochain » disait-il souffrant de voir souffrir les plus vulnérables de notre société. Ainsi avait-il imaginé le SAMU social qu’il a fondé au début des années 90 pour répondre aux situations de détresse et pouvoir orienter les victimes vers des hébergements et des soins appropriés. « Il faut des urgences pour traiter des urgences » disait-il encore. Dépression alcoolisme, drogue, problèmes psychiatriques, violences, solitude, les détresses sociales sont immenses. Il faut pour cela avoir le courage « d’aller à la rencontre », de tendre la main, disait encore celui qui voulait « écraser la misère » en tissant des liens, en mettant en réseau tous ceux qui peuvent agir pour redonner de la dignité aux personnes qui n’ont plus rien, même plus l’estime de soi. « Quand ils sont cassés, ils ne prennent pas d’initiatives », il faut agir pour eux disait-il encore.
C’est un grand Monsieur qui vient de s’éteindre. Une « personnalité exceptionnelle pour son engagement sans faille au sein de l’association qu’il a présidé pendant plus de 25 ans et dont il a porté toutes les batailles » a réagi le Samu Social de Paris, dont il était encore président d’honneur. « Aujourd’hui, du Caire à Lima, Bucarest, Dakar, ce sont plus d’une quinzaine de Samu Sociaux qui viennent en aide aux adultes sans abris, aux enfants des rues, aux réfugiés et déplacés, à tous ceux vivant dans une grande précarité ».
« Il a marqué l’histoire de la solidarité en France et dans le monde » a témoigné de son côté le Samu Social International.
Les témoignages affluent de toute part et ne suffisent pas à dire tout ce qu’il a pu représenter et combien de vies il a pu sauver.
Corse d’origine, il était de ces personnalités qui honore notre île et encourageait à lui donner un rôle dans la lutte contre la pauvreté. « La Corse peut être pionnière » avait-il dit il y a quelques années dans un précédent débat de la CLE. Sa vie, ses engagements sont un exemple qui doivent nous inspirer. C’est le plus bel hommage que nous pourrions lui rendre. Poursuivre son œuvre.
Arritti manda e so cunduleanze afflitte à tutti i soi adduluriti.
Ch’ellu riposi in santa pace. •








