Sampieru Mari a 26 ans. Il est né bien après les événement d’Aleria qui ont secoué la Corse il y a un demi-siècle. Voir un jeune homme s’impliquer avec autant de passion et aussi de recul sur cette histoire, lourde et douloureuse, qui paradoxalement a ouvert un chemin d’espoir pour le peuple corse, est aussi une grande promesse d’avenir. Aleria ne compte que si l’on en tire les leçons. Il faut soutenir Aleria 75. Parce qu’il est important de se rassembler autour de notre histoire collective qui est aussi un moment de partage et de communion. Parce que des hommes ont été sacrifiés en son nom. Et parce qu’une jeunesse s’en empare pour « penser à ce qui doit rester » dit Sampieru Mari. Pour aider l’association, il y a les dons, indispensables, il y a la présence, importante à leurs côtés, et il y a le coup de main à donner sur place*. Sampieru Mari a répondu aux questions d’Arritti.
Le 22 août prochain, 50 ans du drame d’Aleria, approche à grands pas. Que prépare l’association Aleria 75 pour commémorer ces évènements ?
Depuis 2014 l’associu Aleria 75 organise la commémoration des événements d’Aleria. Aujourd’hui, pour les 50 ans de ces événements, il est important d’aller au-delà de ce qui a été réalisé jusqu’alors. La volonté de l’association est simple : alors que notre territoire est dépourvu de lieu de référence concernant ce passage marquant de notre histoire contemporaine, il s’agirait alors de créer un véritable lieu de mémoire. Cela sur un site majeur mais où il ne reste malheureusement plus rien aujourd’hui.
Il est également important de rappeler que le projet porté par l’associu Aleria 75 n’est lié à aucun parti politique et s’adresse à toute la population. Bien que liés à certaines orientations nationalistes et corsistes, ces faits historiques appartiennent à la Corse et à tous ceux qui se lient à son histoire.
Le projet développé s’articule autour de 3 axes : mémoriel, didactique ainsi que la commémoration.
La commémoration est un moment fort or, il faut penser à ce qui doit rester. Marquer l’instant avec un événement fédérateur est d’une importance capitale mais il faut voir au-delà et tenter d’offrir un lieu de référence à une population qui en est privée et à une jeunesse en recherche de repères. En ce sens nous tentons de développer les axes mémoriels et didactiques.
Mémoriel car il est d’une importance de premier plan de rendre hommage aux militants et personnes qui ont donné leurs vies dans le cadre de ces luttes et ce, toutes périodes confondues, car il faut bien sûr évoquer Aleria, mais il est important de remonter le fil et de détailler le processus qui nous a amenés à Aleria.
C’est le rôle des éléments didactiques que l’on tente de développer, car au-delà de l’hommage, la transmission joue un rôle majeur dans le cadre de ce projet. Nous souhaitons donc développer cette approche qui place Aleria comme une véritable charnière historique, la fin d’un processus qui nous porte à un cycle nouveau. S’il y a un avant et un après Aleria, cela ne s’est pas construit en un jour, il faut donc retracer ce discours en gardant une pensée envers tous les acteurs qui ont permis de développer des idées nouvelles ainsi qu’une volonté de protéger la Corse, son peuple et ses intérêts.
Quel est le programme de cette journée de commémoration ? Pouvez-vous nous en donner les grandes lignes ?
Pour des raisons de températures l’essentiel de la programmation se déroulera en fin de journée, cette dernière est relativement simple et composée de :
– une conférence sur une thématique culturelle en fin d’après-midi,
– une table ronde où s’exprimeront certains militants de la période,
– une allocution de l’association,
– l’inauguration de l’espace,
– une soirée culturelle.
Avez-vous avancé également sur la volonté de créer un « lieu de mémoire »… le 22 août sera l’occasion de solliciter le public pour participer à ce projet…
En effet, le projet se veut essentiellement participatif. Nous avions développé cette idée de constitution d’un lieu de mémoire subventionné par tous. Chacun peut participer au financement de l’opération et de cette façon, au travers d’un don et d’une présence, s’approprier le lieu et l’événement car c’est ainsi que cela doit être. Même si ce sont des gens qui ont fait Aleria, aujourd’hui, cela appartient à l’histoire et à tous ceux qui s’y reconnaissent. Il est donc possible de soutenir financièrement l’association dans son action afin que tous ceux qui se sentent concernés puissent se joindre à cette démarche et qu’elle appartienne à tous.
« Le Peuple Corse sera un jour Autonome au sein de la République française. C’est le sens de notre histoire, c’est la volonté de notre Peuple en marche. Une importante étape est franchie, d’autres le seront encore, toujours dans le sens d’une solution politique à ce qui est un problème politique. À une démarche politique, à la volonté de notre Peuple, l’État colonialiste n’a pas les moyens de répondre toujours et éternellement par des hommes en arme, par des forces de répression. Tous les exemples, sans exception, prouvent le contraire. Le Gouvernement changera, le régime changera, le Peuple Corse demeurera, plus conscient, plus déterminé, plus fort jusqu’à la VICTOIRE. À Aleria, le colonialisme s’est piégé, il en mourra. »•
Extrait de l’Éditorial d’Arritti du 5 septembre 1975.
Question plus personnelle, vu votre jeune âge… que représentent pour vous ces événements qui ont marqué l’histoire de la Corse ? Comment un jeune Corse trouve la motivation de s’investir pour présider une association qui porte un si lourd héritage ?
Aleria a toujours représenté comme un mythe, un moment de l’histoire de la Corse hors du temps. Je pense que c’est le cas pour beaucoup de jeunes Corses aujourd’hui. Des figures ressortent, des images mythiques, des sons, etc. Tout cela sans bien sûr idéaliser ce passage de l’histoire très violent, dramatique, ni idolâtrer de personnages. Aleria représente aussi et surtout une page d’histoire dure, teintée d’injustice, un contexte très récent où notre terre et notre peuple ont frôlé la disparition. Si cela n’est pas arrivé, c’est bien parce que des hommes et des femmes se sont dressés face à ces injustices. Entre crises politiques, économiques, démographiques, sociales, violences, etc. Notre territoire malmené et souvent laissé à l’abandon a vu naitre dans son histoire de grands moments qui ont su influencer le monde dans ces périodes de crises, c’était le cas au XVIIIe siècle, cela a été le cas durant l’après-guerre jusqu’au Riacquistu.
Aujourd’hui, la motivation est parfois difficile à trouver dans un monde où les intérêts personnels sont rois et pervertissent notre société et beaucoup de ses acteurs. Cependant, si l’on s’intéresse un peu à son histoire, à celle de sa famille, à l’héritage que nous ont laissés ceux qui n’ont jamais cessé de croire en une Corse plus libre, plus développée et émancipée. Il est difficile de ne pas se sentir concerné. Il est alors naturel de se mobiliser et de tout faire pour aller au bout de projets comme celui-ci. Pour le bien commun, pour ceux qui ont fait et pour donner envie aux générations futures de faire aussi, afin de ne jamais briser cette chaine de la transmission qui prend racine dans la souche de ce que nous sommes.
Mimoria face stòria è a nostra stòria ciò chè nò simu, cusì firmarà a nostra identità, cusì firmarà u pòpulu corsu.
Souhaitez-vous lancer un appel à nos lecteurs en vue de cette commémoration des 50 ans d’Aleria ?
Notre besoin est simple : il est essentiel de soutenir l’action de l’association, il est important également d’en parler et surtout, nous espérons vous voir nombreux à Cateraghju le 22 août sur le site de la Cave Depeille à Aleria afin de commémorer ensemble ce qui est peut-être l’événement le plus important de notre histoire contemporaine. •
* Parmi les besoins, l’association recherche de quoi tailler une plaque de marbre de Corte. S’adresser au journal qui transmettra.









