Catalunya

Amnistie et nouvelles élections

La situation de la Catalogne continue de faire l’actualité en Espagne. Si la loi d’amnistie en faveur des indépendantistes catalans a enfin pu être votée, ouvrant la voie de l’apaisement, à la Generalitat, le rejet du budget présenté par Pere Aragones du fait du vote d’une partie de la gauche provoque des élections anticipées. Rendez-vous le 12 mai !

 

 

L’amnistie est votée !

Après le soubresaut d’un premier vote raté le 30 janvier, la loi d’amnistie promise par le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a été approuvée par la Chambre des députés à Madrid, par 178 voix contre 172, le 14 mars 2024.

Plus que le vote en lui-même, qui était attendu depuis que la Commission de la Justice avait rédigé une nouvelle version donnant de meilleures garanties, c’est la spectaculaire chute de tensions autour de cette amnistie qui est à souligner.

Entre novembre dernier, quand la composition de la courte majorité de Pedro Sanchez a été annoncée, obtenue avec le concours des votes des partis indépendantistes catalans dont la contrepartie était cette loi d’amnistie, et le samedi qui a précédé le vote final quatre mois plus tard, le nombre des opposants dans les rues de Madrid a été divisé par plus de dix, de 170.000 à 15.000 manifestants.

La nouvelle mouture du texte a été validée après un premier vote négatif des députés de Junts le parti de Carles Puigdemont. En effet les juges les plus acharnés ont essayé de contourner la loi mise en débat en engageant de nouvelles procédures, particulièrement contre Carles Puigdemont lui-même. Il était visé pour « terrorisme », du fait d’un rôle supposé d’inspirateur du mouvement « Tsunami démocratique », lui-même taxé de « terroriste » car responsable de manifestations qui ont dégénéré et infligé des blessures à des policiers, et il était visé pour « haute trahison » sur la base d’une accusation fantaisiste que l’Espagne fait courir sur des ingérences de la Russie dans les années ayant précédé le referendum du 1er octobre 2017.

Ces faits instrumentalisés devaient être écartés car les juges auraient pu faire arrêter Carles Puigdemont sur la base de ces nouvelles procédures à son retour en Catalogne. La nouvelle mouture a été négociée avec l’aval des juristes de Junts qui, en apportant ses sept voix, à permis d’atteindre 178 voix, deux de plus que la majorité absolue.

Avant que l’amnistie ne soit définitive, il faut que le texte passe au Sénat espagnol où la majorité est à droite. Mais son avis est consultatif, et un nouveau vote de la Chambre des députés interviendra dans deux mois environ, confirmant le vote du 14 mars 2024. •

François Alfonsi.

 

 

Nouvelles élections le 12 mai 2024 à la Generalitat de Catalunya

 

Après le rejet de son budget 2024, le président Père Aragonès a décidé de convoquer des élections anticipées le 12 mai prochain.

Père Aragonès a d’abord été élu en 2020, puis réélu en 2021, dans le cadre d’un accord ERC-Junts, puis, après la rupture avec Junts, il est resté à la présidence avec des ministres tous issus de ERC grâce à un soutien sans participation de la gauche catalane, en réciprocité de l’attitude des députés ERC qui en faisaient de même à Madrid en faveur de Pedro Sanchez. Cet équilibre s’est poursuivi après la réélection de Pedro Sanchez comme Premier ministre d’Espagne à la fin de 2023.

Le coup de Jarnac de ce mois de mars est venu de la fraction minoritaire de la gauche, le mouvement En Comù de l’ancienne mairesse de Barcelone Ada Colau, composante catalane du nouveau parti Sumar qui est en alliance avec le PSOE à Madrid. En associant leurs voix à celles de la droite et de Junts, alors que le Parti Socialiste a continué de soutenir le gouvernement catalan, ils ont fait chuter d’une voix seulement le budget présenté par le président Aragonès, l’acculant à démissionner et à convoquer des élections anticipées. Elles auront lieu le 12 mai, un mois à peine avant les élections européennes.

Cette situation est une surprise totale. L’adoption finale de la loi d’amnistie est attendue pour la fin mai, les élections auront probablement lieu avant qu’elle ne soit opérationnelle. •

François Alfonsi.