« Jamais le taux national de pauvreté n’a été aussi haut depuis 30 ans. La Corse n’est pas épargnée ». C’est en ces termes que la Coordination inter-associative de Lutte contre l’Exclusion adresse une lettre ouverte aux candidats à l’élection municipale de mars prochain. À la fois « témoin de cette situation » et, en tant que maire ou futur maire, ils sont ou seront parmi les « acteurs principaux de la conception et de la mise en œuvre des mesures capables d’en atténuer les effets ».
Quelle sera leur action ? La CLE responsabilise sur cet enjeu de société et prend les électeurs à témoins.
Outre agir « sans distinction d’origine ethnique, géographique, de couleur de peau, d’opinion politique, de religion, d’âge, de genre »… outre le respect de « l’État de droit, dans un contexte où l’influence mafieuse pèse de plus en plus lourd sur les élus locaux » (respect des règles des marchés publics, des permis de construire, de la bonne gestion des fonds publics, protection des élus et des agents contre la corruption, l’intimidation, et toute forme de pression illégale, bannissement du favoritisme), la CLE appelle les futurs élus à « ne pas oublier ceux qui vivent dans la rue » et à soutenir les associations qui assurent l’hébergement d’urgence sociale, « actuellement grandement fragilisées par les coupes budgétaires de l’État ».

Le docteur François Pernin
La question du logement reste cruciale pour la CLE : augmentation des logements sociaux, notamment de l’offre de logements à loyer très social, mixité sociale, réduction du nombre de logements vacants, rénovation thermique des logements modestes, cellule d’écoute regroupant assistant(e)s social(e)s et psychologues, agents formés à l’écoute et à l’accueil… les possibilités d’actions des élus sont multiples.
Près de quatre ménages français sur dix sont éligibles au RSA et n’y accèdent pas. Il est nécessaire de « développer des antennes mobiles ou permanentes, du CCAS ou CIAS dans les quartiers éloignés du centre-ville et dans les communes de l’agglomération, avec une cellule d’écoute regroupant assistant(e) social(e) et psychologue ».
La CLE appelle à « veiller au bien-être des enfants pauvres » – 15.000 enfants, soit un enfant sur quatre, sont en situation de précarité en Corse ! Les propositions du rapport « Pauvreté des enfants en Corse, l’urgence sociale » du collectif Ghjuventù di Manca ainsi que les demandes exprimées par les jeunes de « Copains du monde » du Secours populaire de Corse sont de bons supports pour les futurs élus.
Ils réclament : places de crèche supplémentaires, gratuité des cantines, des transports et des fournitures scolaires, à défaut instauration d’un tarif dégressif selon les revenus, activités péri et extrascolaires… un statut de « parent isolé » permettrait aussi d’ouvrir des droits spécifiques pour les foyers monoparentaux en situation de précarité (critère pour l’attribution de places en crèche ou d’avantages par les bailleurs sociaux comme réductions sur l’accès à Internet, ou pour des activités culturelles et sportives…).
Même intérêt pour les propositions des « Copains du monde » : études avec tutorat jusqu’à 18h30 de la maternelle jusqu’au lycée, une chambre, un bureau pour chaque enfant, cantine gratuite de la maternelle au lycée, distribution gratuite de serviettes hygiéniques dans les collèges et lycées, carte mensuelle de produits d’hygiène, carte culture pour achat de livres et de spectacles, bibliobus plus nombreux, transports gratuits (train, car, bus), PassSport prolongé à 17 ans (au lieu de 13 aujourd’hui), accès gratuit à internet, etc.
La question du logement reste cruciale pour la CLE : augmentation des logements sociaux, notamment de l’offre de logements à loyer très social, mixité sociale, réduction du nombre de logements vacants, rénovation thermique des logements modestes, cellule d’écoute regroupant assistant(e)s social(e)s et psychologues, agents formés à l’écoute et à l’accueil… les possibilités d’actions des élus sont multiples.
Il faut lutter contre le décrochage scolaire du secondaire dès le primaire, soutenir la formation et l’accession à l’emploi des jeunes déscolarisés, prévoir une assistante sociale dans les écoles primaires, des consultations médico-psychosociales en faveur des enfants et des parents les plus démunis, etc. Agir aussi sur les violences faites aux femmes (un décès tous les deux jours en France) avec programmes de prévention, formation de personnels au recueil de la parole des victimes, analyse conjointes avec le CCAS, le commissariat de police, la gendarmerie, par exemple dans le cadre du Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance. Autre levier d’actions, le soutien à une alimentation saine pour tous avec soutien aux associations qui se chargent de l’aide alimentaire (Croix-Rouge, Fraternité du partage, Présence Bis, Resto du cœur, Secours populaire…), mais aussi l’aide alimentaire du CIAS ou du CCAS pour offrir directement des produits bio et sains approvisionnés en circuit court, des initiatives de jardins ouvriers, l’implantation de maraîchers ou d’agriculteurs sur le territoire de la commune…
Encore des pistes concernant la mobilité : gratuité des transports en commun, amélioration de la fréquence de rotation des bus, prolongement ou création de lignes pour mieux desservir les services publics, les lieux de travail et de formation….
Enfin, il est indispensable d’associer les personnes vivant en situation de pauvreté à la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des mesures qui les concernent, de favoriser l’émergence de projets citoyens (financement, logistique, apport de compétences), d’augmenter la part de budget alloué à ces initiatives, d’organiser des consultations citoyennes, d’améliorer l’accueil de familles de migrants, de « réhumaniser » les démarches administratives…
Pour sûr, la CLE va s’atteler avec beaucoup d’attention à la lecture des différents programmes municipaux… •








