La présidente de l’Assemblée de Corse, Marie Antoinette Maupertuis, a été élue le mois dernier présidente de la Commission des îles de la Conférence des régions périphériques et maritimes.
D’attachée parlementaire au Parlement européen de Max Simeoni, notre fondateur, à Conseillère exécutive en charge des affaires européennes, puis présidente de l’Assemblée de Corse, cette élection marque une nouvelle étape dans le parcours d’une militante des intérêts de la Corse au niveau des instances européennes.
Arritti a eu l’occasion d’échanger avec elle sur ce sujet.
Après avoir été élue en février dernier présidente du groupe Alliance Européenne au Comité des régions, vous avez été élue très récemment présidente de la Commission des îles au sein de la CRPM. La Commission des îles qu’est-ce que c’est exactement ?
La Commission des îles (CDI) de la Conférence des régions périphériques maritimes (CRPM) est l’une des six commissions géographiques, mais aussi la plus ancienne, puisqu’elle a été créée en 1980. Elle regroupe plus d’une vingtaine de territoires insulaires de l’UE, issus de tous les bassins maritimes : de la Méditerranée (Corse, Sardaigne, Sicile) à la mer Baltique (Gotland), en passant par l’Atlantique (Açores, Canaries) et la mer du Nord.
Les îles y sont représentées par leurs collectivités locales ou régionales, ainsi que par leurs élus.
La Commission a pour mission, comme son nom l’indique, de défendre les intérêts des territoires insulaires auprès des institutions et acteurs de l’Union européenne. Mais c’est aussi un espace de coopération et de dialogue entre représentants insulaires et ce, au-delà des appartenances politiques. C’est tout simplement être plus forts, ensemble.
Concrètement, la Commission des îles nous permet :
– de prendre position collectivement sur les politiques européennes qui concernent nos territoires,
– de rencontrer des Commissaires et des élus européens pour porter nos messages et défendre nos priorités,
– de coopérer sur des projets communs financés par l’Union européenne,
– et d’échanger sur des enjeux partagés, en s’appuyant sur nos expériences respectives.
En connaissant l’ensemble de votre parcours peut-on dire que c’est une consécration ?
Je ne parlerais pas de consécration, car ce mot laisserait entendre une forme d’aboutissement. Or, pour moi, ce n’est pas une fin mais bien un commencement. C’est avant tout le prolongement naturel de mon engagement sincère et constant pour la défense de notre île, et de ma volonté de faire avancer la reconnaissance de l’insularité au sein des institutions européennes.
C’est une belle étape, une concrétisation encourageante, mais surtout un point de départ pour continuer à porter notre voix avec détermination.
Qu’est-ce que cette commission peut apporter, de façon concrète, aux territoires insulaires et plus particulièrement à la Corse ?
Je me permets d’abord de rappeler un élément de contexte important : en avril dernier, le Commissaire européen et vice-président de la Commission, l’Italien Raffaele Fitto, a annoncé le lancement d’une consultation en vue de l’élaboration d’une stratégie européenne pour les îles.
C’est une avancée majeure, que nous demandons depuis plusieurs années, et qui répond à une attente forte des territoires insulaires. J’ai d’ailleurs porté un avis en ce sens au Comité des régions en 2022 et le vice-président du Parlement européen avec qui nous collaborons régulièrement également dans son instance en 2023.
La CDI peut donc nous permettre de jouer un rôle de premier plan dans l’élaboration de cette stratégie, en y étant pleinement associés et en pouvant y contribuer de façon très large.
Pour la Corse, c’est l’opportunité de faire entendre nos spécificités et de porter des revendications concrètes, notamment sur des sujets essentiels comme la reconnaissance d’un statut d’exception pour les aides d’État notamment au transport. Pour prendre un exemple concret, aujourd’hui, dès que nous proposons une délégation de service public, maritime ou aérienne, celle-ci fait l’objet de longs débats voir des contentieux auprès de la Commission européenne, alors qu’elles sont vitales pour assurer la continuité territoriale. Et pourtant, nous sommes soutenus par l’État-membre ! À chaque fois que nous devons déposer une demande, il faut déployer des efforts incroyables pour justifier de cette nécessité auprès de la Commission, c’est une perte de temps mais aussi d’argent. Il est temps que l’Union reconnaisse la nécessité de dispositifs adaptés aux réalités insulaires.
Vous êtes la troisième responsable politique corse à accéder à ces responsabilités, le dernier étant Gilles Simeoni il y a quelques années, qu’est-ce que cela dit, selon vous, de la place de la Corse dans cette institution ?
Je crois que cela illustre parfaitement l’attachement profond de la Corse au projet européen. Le mouvement national corse s’est toujours inscrit dans une vision résolument pro-européenne, puisque, rappelons-le, Max Simeoni est l’un des fondateurs du parti Alliance Libre Européenne (ALE) l’un des premiers partis du Parlement européen ! Donc nous sommes, à notre niveau, convaincus que l’Union peut être un levier pour la reconnaissance des peuples, des territoires et des singularités. Et nous sommes résolument ouverts à la coopération avec nos amis et voisins méditerranéens bien sûr mais aussi européens.
Mon engagement, tout comme celui du président de l’Exécutif avant moi, s’inscrit dans cette continuité. Cela témoigne aussi de la crédibilité acquise par la Corse dans cette institution, où notre parole est écoutée et respectée. Nos partenaires, notamment au sein de la CRPM, savent qu’ils peuvent compter sur un leadership fondé sur des convictions fortes et une réelle capacité d’action. •








