Finalement, une majorité qualifiée des États de l’Union européenne a approuvé la signature du traité de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur en Amérique latine, Brésil, Argentine, Paraguay, Bolivie et Uruguay. Ce dénouement s’est accéléré, après 25 années de surplace dans les négociations, dans le contexte des tensions commerciales nouvelles entre l’Europe et les États-Unis, malgré une opposition résolue des agriculteurs menacés par cette concurrence venue du bout du monde.
Depuis que les discussions sur le traité avec le Mercosur ont commencé, il y a 25 ans, on sait qu’il correspond aux standards qui ont dominé la croissance débridée des échanges mondiaux au tournant des années 2000-2010, la décennie des grandes délocalisations au détriment du tissu productif européen. Mais, alors que le marché des USA est en train de se fermer à l’Europe à coup de droits de douane redoublés, ouvrir de nouveaux débouchés aux industriels européens est apparu une nécessité première.
Les opposants au traité sont à chercher du côté des perdants : éleveurs en Europe, et industriels en Amérique du Sud. Et, inversement, les industriels européens se frottent les mains, tandis que les campagnes vont souffrir d’une concurrence accrue, notamment dans l’élevage, bovins, ovins et volailles, qui seront désormais vendus libres de droit de douane sur le marché européen. Les pays à fort secteur agricole d’élevage ont voté contre (France, Irlande, Autriche, Pologne et Hongrie), mais ils ont été largement mino-ritaires.
D’autant plus que la profession agricole elle-même n’est pas unanime, les producteurs laitiers, les producteurs de vins et de céréales pouvant espérer de nouveaux marchés en Amérique du Sud.
Au-delà des comptes d’apothicaire filière par filière, on retiendra l’impact écologique négatif. Le recul de l’élevage en Europe rendra des terres déjà en prairies à la jachère, tandis que la production en Amérique du Sud de soja et d’animaux pour fournir le marché européen se traduira par la mise en culture de terres nouvelles à défricher, au détriment de la forêt amazonienne et de la lutte contre les rejets de gaz à effet de serre.
Le traité de libre-échange entre l’Europe et le Mercosur fait partie des logiques économiques à combattre en vue de relocaliser la production au plus près des zones de consommation et arriver ainsi à des économies équilibrées territoire par territoire.
Dans leur mobilisation contre la signature de ce traité, les éleveurs français n’ont pas tout perdu. Ils ont obtenu des clauses restrictives qui atténueront les impacts négatifs, et des engagements financiers européens renforcés dans le cadre de la future Politique Agricole Commune.
Car cette question du Mercosur a cristallisé une crise agricole bien plus profonde que le simple impact des importations supplémentaires qui viendront d’Amérique latine. La grande question est celle du revenu agricole, de la juste rémunération de ceux qui font vivre les campagnes dans une économie européenne qui de plus en plus favorise les centres urbains.
Continuels sacrifiés des politiques économiques de l’État et de l’Europe, les agriculteurs ne savent plus quoi produire pour s’assurer un revenu décent. Leur révolte est profonde qui explique les fortes mobilisations syndicales qui ont ressurgi ces dernières semaines.
C’est une question politique essentielle alors que va se négocier la future PAC 2028-2034. Une fois la page de la mobilisation contre le traité entre l’UE et le Mercosur tournée, les tracteurs n’en ont certainement pas fini avec les blocages de route et les manifestations bruyantes. C’est toute une profession qui se bat pour sa survie. •








