Les millions d’euros s’envolent par dizaines dans des projets mirobolants qui vont plomber pour très longtemps les finances de ceux qui s’y lancent. Et, dans les deux exemples qui font l’actualité de la Corse, le téléporté d’Aiacciu comme le centre de tri de Monte, on trouve les mêmes ingrédients : une décision irréfléchie, un aveuglement sidérant sur les conséquences financières de long terme pour faire fonctionner des structures qui seront lourdement déficitaires, et aussi le « coup de pouce » donné par l’État à travers de très importantes dotations financières discrétionnaires, où il est seul à décider, le fonds de relance post-Covid pour le téléporté d’Aiacciu, le PTIC ex-PEI pour le centre de Monte.
Les déboires économiques, actuels et à venir, du téléporté ajaccien ont été développés largement dans la presse. L’investissement était apparu attractif du fait de l’importance de la subvention accordée par l’État. Mais le dérapage des coûts, et de nouvelles contraintes imposées par la Préfecture comme celle de réaliser un pare-feu immense tout au long de son trajet dans un des rares espaces boisés de la ville, ont déjà fait largement retomber les illusions de départ. Au final, la facture sera très lourde pour la CAPA !
Mais le pire sera à venir tout au long des années de son fonctionnement. Le point de départ du téléphérique, quartier Saint Joseph, ne dispose d’aucune possibilité de parquer un véhicule, alors qu’il ne sera accessible à pied que pour une infime partie de la population de la communauté d’agglomération. Certes, le trajet potentiellement substitué par ce transport en commun est un axe totalement engorgé de la circulation ajaccienne. Mais faute de parking il sera impraticable par ceux qu’il aurait pu capter. L’emprunter supposerait en fait une desserte depuis le centre-ville par des transports en commun dont on sait qu’ils sont largement défaillants, et que rien n’est fait, ni pour les réformer, ni pour les renforcer. De la sorte le téléporté sera coupé de ses usagers, et les cabines attendront en vain le trafic espéré. Face à ces recettes très hypothétiques, la facture de l’entretien annuel est très élevée, 1,4 million d’euros par an qui s’ajouteront au remboursement d’un investissement qui restera en grande partie à la charge de la communauté d’agglomération. Autant dire que la note va être salée !
Le même profil de catastrophe financière est attendu pour le Syvadec pour faire fonctionner l’option choisie de tourner le dos au tri à la source pour investir dans un grand machin sensé trier les ordures brutes en y récupérant les déchets recyclables que l’on a renoncé de demander aux citoyens de trier. Les performances techniques de ce genre de dispositif, très rarement choisi ailleurs, sont, aux dires de l’Ademe elle-même, régulièrement non concluantes. Et, comme prévu, ce colossal investissement « aval », 68 millions d’euros prévisionnels, qui ne sont que provisoires en attendant les surprises du chantier, pour le traitement d’environ 100.000 tonnes d’OM collectées, monopolise tous les moyens disponibles.
Actuellement on collecte 130.000 tonnes d’OM en Corse, et donc le Syvadec n’a aucun intérêt à une réelle montée en puissance du tri à la source qui rendrait son investissement obsolète si on passait sous 100.000 tonnes collectées. Par exemple, avec des performances comparables à la Sardaigne, il n’y aurait plus que 54.000 tonnes à faire digérer par le monstre industriel en Corse. Très insuffisant pour qu’il soit rentable ! Aussi, Syvadec et intercommunalités, tout le monde lève le pied sur le développement du tri comme le démontre la stagnation totale des performances enregistrées depuis quatre ans, la Corse plafonnant à 38 % de taux de tri quand la Sardaigne atteint le double, 76 %.
Dernière similitude avec le téléporté ajaccien : c’est l’État qui a forcé ce choix en donnant une subvention pharaonique de 80 %, près de 55 millions d’euros.
Ce qui est frappant dans ces projets aberrants est la rapidité avec lesquels ils sont montés, financés et réalisés. Lors de la visite en Corse du ministre de l’Industrie Marc Ferracci, il a été question de la STEP (station de transfert d’énergie par pompage) en projet depuis une bonne décennie sur le barrage de Sampolu. Cette réalisation est indispensable pour améliorer le taux de pénétration des énergies renouvelables dans le mix énergétique de la Corse. Elle est attendue par tous, EDF, AUE, associations, professionnels des énergies renouvelables. Que nous apprend le ministre ? La STEP de Sampolu est prévue dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), mais cette PPE n’est pas approuvée car elle est bloquée par le dossier des concessions gaz de Bastia et Aiacciu. Autant dire que le dossier est bloqué depuis des années, et qu’il restera bloqué encore de nombreuses années !
À travers ces trois exemples, on a un résumé saisissant des réalités de la Corse. Si un projet est inadapté ou inutile, vous pouvez compter sur les décideurs, CAPA ou Syvadec, ainsi que sur les financements empressés de l’Etat, pour qu’il soit réalisé à la vitesse grand V. Par contre les dossiers utiles à la Corse restent interminablement bloqués par la technostructure qui nous gouverne.
Vivement l’autonomie ! •








