« Jusqu’au 22 août 1975, le nationalisme corse était certes présent dans la vie insulaire, comme un phénomène nouveau, mais, malgré ses progrès, marginal. Les rassemblements de Caterraghju jusqu’en 1972 et de Corti, en dépit de leur ampleur, restaient, pour l’opinion publique, circonscrits à un milieu contestataire intéressant, profitable même à la Corse, de plus en plus admis comme un recours en cas de besoin, mais ne débordant pas de son propre cercle.
Dès le lendemain d’Aleria, les choses changent. La première manifestation populaire, le 1er septembre, alors que la Corse est vraiment une « Isula morta » à la demande du Comité anti-répression, rassemble 5.000 personnes à Ghisunaccia. On applaudit à tout rompre le nom d’Edmond Simeoni que pendant huit jours l’État français et les médias à ses ordres ont voulu présenter comme un assassin. Les hommes et les partis politiques qui ont le plus accablé « le commando d’Aleria » deviennent brusquement prudents, puis compréhensifs, parce qu’ils sentent que le Peuple a compris où finalement était l’agresseur.
À travers toute la France, Max Simeoni, au nom du Comité de soutien, explique le drame devant des auditoires nombreux, avides de savoir, et, dès qu’ils sont renseignés, prêts à participer à l’élan de solidarité qui touche les Corses du monde entier.
Le 3 avril 1976, une manifestation « monstre » – pour la Corse – se déroule à Bastia : près de 20.000 personnes défilent, dans une forêt de drapeaux à tête de Maure, et des élus, en écharpe – députés, maires, conseillers généraux – n’hésitent pas à réclamer avec le Peuple, la libération d’Edmond Simeoni et de ses frères de combat.
Quand le leader autonomiste est libéré, en janvier 1977, son retour en Corse est l’occasion de rassemblements exceptionnels, à Bastia, Aiacciu, et les autres villes importantes de l’île.
Enfin, le 14 août 1977, à Furiani, 12 à 14.000 Corses se massent sous les deux chapiteaux – on n’a jamais vu cela en Corse – pour entendre Edmond Simeoni définir les buts de l’UPC nouvellement constituée et les moyens que le mouvement compte mettre en œuvre pour faire connaître le problème corse à l’opinion internationale.
La revendication autonomiste a brisé le cercle d’un certain ésotérisme. Elle n’est pas partagée par tous, certes. Elle reste minoritaire. Mais elle n’est plus marginale. Elle est intégrée au quotidien insulaire.
Après Aleria, rien ne sera plus jamais comme avant ». •
ARRITTI, 1985.








