Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2908

da u 23 à u 29 d'ottobre di u 2025

Enfants pauvres… pauvres gosses !

Le poignant débat de la CLE 2025

CLE 2025

le 24/10/2025

Par Fabiana Giovannini

Ce mercredi 15 octobre à la salle de conférence de Castellucciu, se tenait le colloque annuel sur la précarité organisée par la Coordination inter-associative de lutte contre l’exclusion (CLE). Thème cette année : Enfance et pauvreté. Large public, de professionnels de la santé et du secteur social, mais aussi des élus, municipaux ou territoriaux, ainsi que le député Paul André Colombani, des responsables associatifs et syndicaux, des citoyens soucieux de ce problème qui pèse sur notre société : la salle était comble. À noter aussi la présence du Cardinal Bustillo. Le débat était animé par la journaliste Maia Graziani.

Nouveauté cette année : des enfants pour parler des enfants. Ceux de « Copains du monde » du Secours Populaire, sous la responsabilité de Edith Mahfi du pôle jeunesse du Secours Populaire. Donc de vrais témoins d’une vraie précarité pour ouvrir le colloque par leurs messages et leurs mots d’enfants décrivant leur vécu au quotidien, faire des propositions, formuler leurs doléances. Un moment émouvant qui centrait sur les enjeux humains de ce fléau qu’est la pauvreté. Ce colloque était dédié à la mémoire de Noëlle Vincensini, grande résistante qui nous a quitté en mai dernier, et de Antoine Pilleux, 11 ans, venu de Fremainville dans le Val d’Oise, pour mourir au bagne de Castellucciu. 160 enfants qui avaient été envoyés dans cette maison de correction y perdront la vie de 1855 à 1866. Antoine Pilleux était le plus jeune.

Xavier Emmanuelli prenait la parole au nom de ces premières victimes de la pauvreté que sont les enfants, et parmi eux, les plus exclus d’entre tous : les enfants des rues. Fondateur du Samu social de Paris, du Samu international, des cellules d’urgence médico-psychologique, de l’association Les Transmetteurs, retraités réservistes de la santé, mobilisables à tout moment pour venir en renfort aux structures médico-psycho-sociales lors de situations de crise, l’expérience du Dr Emmanuelli est précieuse. Il parle de cette grande misère des enfants des rues. Cite une personne qui l’a marqué dans sa vie d’engagement, Janusz Korczak, mort au camp d’extermination de Treblinka. C’était un pédiatre et écrivain polonais, réputé pour sa pédagogie de l’enfance, dont le combat précurseur a inspiré la Convention internationale des droits de l’enfant. Protecteur des enfants dans le ghetto de Varsovie, il aurait pu en réchapper, mais il refuse d’abandonner les 200 enfants de l’orphelinat dont il s’occupait. Il les accompagnera jusqu’aux chambres à gaz en août 1942. Il disait : « un enfant c’est une personne, il faut le protéger » rappelle Xavier Emmanuelli. « Avant, avoir des enfants dans les rues, au travail, ça ne choquait personne, alors que ce sont des petits hommes pleins de promesses » nous dit le médecin. De 0 à 5 ans, ils ne sont pas autonomes et ont besoin « d’une hiérarchie bienveillante ». De 5 à 13 ans, c’est « la métamorphose, l’enfant grandit par le jeu ». Et de rappeler, « un enfant qui ne joue pas, c’est très inquiétant ». Il a donc besoin d’un territoire, d’être socialisé, de rencontres, de lien affectif, dit le Dr Emmanuelli. Enfin devenus ados, ils sont toujours dans le jeu, mais ont besoin d’encore plus d’attention. Le médecin parle de la souffrance de la rue, où ils sont le plus souvent « battus, exploités », rappelant une cruelle vérité : « Tous les enfants des rues se droguent, avec n’importe quoi, de l’alcool aux produits stupéfiants, ils arrivent à avoir leur propre trafic » explique Xavier Emmanuelli qui dit aussi « on peut bâtir sur des cicatrices, on peut les guérir ». Il faut les repérer et leur apporter les soins dont ils ont besoin.

Simon Pierre Mattei, représentant de Ghjuventù di Manca présentait le rapport de l’association « Pauvreté des enfants en Corse, l’urgence sociale » publié en novembre 2024. Un travail de fond qui traite de « manquements très graves » et de leurs conséquences : « on sait qu’une personne qui a été pauvre dans l’enfance a de grande chance de se retrouver pauvre à l’âge adulte ». La Corse compte plus d’un quart d’enfants pauvres. Souvent issus de familles monoparentales, ils sont aussi victimes d’un contexte social négatif : trois fois moins de places à l’ASE (Aide sociale à l’enfance) que sur le continent, alors que c’est le dernier recours pour les mineurs en grande détresse : « les enfants sont maintenus dans des situations très instables voire dangereuses ». Les situations d’urgence sont passées de 732 en 2017 à 1104 aujourd’hui, explique Simon Pierre Mattei. La Corse est aussi sous-dotée en places en crèche (moins de 4 places pour 10 enfants, contre 6 sur le Continent), on évalue à 2000 les besoins en crèche en Corse, « seulement pour obtenir le même mode de garde que sur le continent ». C’est dire le retard !

Le coût de la cantine est trop cher pour les familles précaires. Ghjuventù di manca prone « la gratuité des fournitures scolaires et la prise en charge totale de la cantine scolaire pour réduire le reste à charge pour les familles les plus précarisées ».

De même, l’association plaide pour « un statut de parent isolé » qui pourrait être pris en charge par les intercommunalités, les communes ou la Collectivité de Corse.

Frédéric Jésu est pédopsychiatre, formateur et consultant auprès des collectivités en matière de politiques éducatives. Pour lui, l’urgence sociale est très clairement combinée avec une urgence éducative, les atteintes aux droits essentiels de l’enfant sont d’abord le signe d’une éducation largement affectée. L’enfant passe moins de 10% de son temps de vie annuel à l’école, autant dire que 90% de son temps est sous la responsabilité juridique de ses parents. Et l’exposition aux inégalités durant ce temps-là est manifeste. « Le taux de mortalité infantile en France est passé de 3,42 pour 1000 naissances en 2012 à 4,1 en 2024, soit le 27e rang mondial. Ce qui révèle une urgence sanitaire et sociale qui relève de l’État » alarme Frédéric Jésu. Autre indicateur préoccupant, en août 2025, « 2.560 enfants dormaient à la rue et ce nombre a augmenté de 30% en moins de 3 ans. Depuis 2017, le nombre de sans abri a doublé pour atteindre le chiffre record de 350.000 personnes. Et sur 855 personnes décédées dans la rue en 2024, 38 étaient des enfants ». Chiffre encore sous-estimé car avec l’absence de structures d’accueil suffisantes, les gens renoncent à appeler le 115, et ce sont des dizaines de milliers de personnes qui se retrouvent dans des bidonvilles, des squats, ou dans la rue.

Frédéric Jésu rappelle la Convention international des droits de l’enfant (CIDE) qui engage l’État et les pouvoirs publics partout, y compris en Corse. Notamment dans son article 31 qui reconnaît « à l’enfant le droit au repos et aux loisirs ».

Il distingue trois types d’éducation qui doivent converger, « l’éducation informelle », prodiguée par la famille, les voisins, les amis, le village, le quartier, déterminé par les politiques familiales nationales ou locales. Le logement, l’aménagement urbain, les transports découlent de l’éducation informelle. « L’éducation formelle », délivrée par les crèches, les établissements scolaires, les centres de formation, et pilotée par les politiques nationales… Enfin « l’éducation non formelle », relative aux temps libres qui ne relèvent ni de la famille ni de l’école, conçue par les politiques nationales de la jeunesse et des sports, elles dépendent surtout des collectivités locales dans leur mise en application, et des caisses d’allocations familiales. « Il faut rappeler que si les enfants sont inégaux dans leurs acquisitions et leurs parcours scolaires, ils le sont aussi dans leur accès et leur participation durable à des activités éducatives de qualité » dit Frédéric Jésu pour qui « l’éducation formelle doit savoir composer avec l’éducation informelle et avec l’éducation non formelle ».

À plusieurs reprises, il lancera un appel à agir à l’occasion des prochains scrutins : « les élections municipales se tiennent dans cinq mois. Le moment est donc venu pour la Coordination inter-associative de lutte contre l’exclusion, de faire entendre ses préoccupations et propositions éducatives en matière de prévention et de lutte contre les exclusions. »

Pour améliorer la situation, ce n’est pas qu’une question de moyens, mais aussi de « coordination des services et des professionnels de la périnatalité », pour « faire que les gens se parlent et s’organisent » afin de respecter la CIDE et son principe fondamental : l’intérêt supérieur de l’enfant.

Pour Jean-Pierre Rosenczveig, magistrat honoraire, militant associatif des droits de l’enfant, « la justice des mineurs c’est la justice des pauvres. Et il y a 3M de pauvres en France ». Il faut donc « rendre des comptes sur les dysfonctionnements », « la justice totalement dépendante des pouvoirs sociaux, n’a pas les moyens de mettre en œuvre les besoins nécessaires ».

Il parle des mineurs incarcérés, entre 860 et 900 aujourd’hui. Il parle des violences sexuelles, « 5M d’adultes se disent victimes de violences sexuelles dans leur enfance », un mal qui touche y compris l’église. Il parle des violences intra-familiales, des enfants délinquants, des enfants victimes, et pour toutes ces urgences, nous avons de « grandes difficultés pour répondre en termes de moyens ».

11 milliards d’euros sont consacrés à la protection de l’enfance. Et pourtant seulement entre 4 et 6% des enfants en détresse sont accueillis par l’Aide sociale à l’enfance. Quid des autres ? L’ASE est elle-même en grande difficulté. « Nous sommes en situation de crise » répète Jean Pierre Rosenczveig et « le pire est devant nous » : « plus que jamais les politiques sont au rouge, ou supprimées ». Pour le magistrat militant, « la société libérale d’aujourd’hui est moins sociale que la société capitaliste d’hier, nous sommes en train d’abandonner les populations les plus fragiles ». « C’est le fric qui commande tout » dit encore Jean Pierre Rosenczveig qui dresse un portrait noir de cette incapacité à agir : « l’américanisation de la politique de la protection de l’enfance se met en place ».

Parallèlement, alors qu’ils freinaient jusqu’ici la crise, les dispositifs associatifs sont aujourd’hui très fragilisés, « totalement dépendants de la commande publique » et l’État ne fournit plus les moyens.

Alors, comment en sortir ? Améliorer les dispositifs de protection de l’enfance, mais surtout faire en sorte que l’on n’en ait pas besoin, dit le magistrat qui se désespère : « l’enfant n’est pas un enjeu de politiques publiques. Il n’y a pas de pilote, pas de cadre, chacun fait dans son coin. Sur les 11 milliards d’euros, l’État ne fournit que 650M€, c’est le marché immobilier qui fournit l’essentiel de l’effort ».

Il y a donc besoin « d’ouvrir un débat national ». C’est un problème de culture, de reconnaissance, de volonté, pas seulement de moyens économiques, dit encore Jean Pierre Rosenczveig, « plus que jamais le secteur associatif professionnalisé devra se développer pour jouer le filet de sécurité ». Créer par exemple « une réserve de l’action sociale », comme on a des policiers ou des militaires réservistes, disposer de travailleurs sociaux réservistes.

La conclusion n’est pas simple à un tel débat qui donne le sentiment de s’ouvrir à peine alors que la dégringolade opère déjà depuis plusieurs années. Lors des précédentes conclusions des colloques de la CLE, c’est l’artiste Céline Masera qui à travers une grande fresque résumait les principaux points forts du débat. Cette fois, c’est Hervé Rameau, du Secours Catholique qui synthétisait brillamment l’ensemble des échanges. Autre magnifique synthèse les caricatures esquissées tout au long du débat par Yann Le Borgne. Le coup de crayon lance tout aussi bien les messages.

Le mot de la fin était pour le Dr Pernin, porte-parole de la CLE, « on a vu que des enfants très jeunes étaient capables de témoigner de leur situation et de faire des propositions » dit-il. Pourquoi ne pas simplement les écouter, et les entendre ? •

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