« La veille, une vingtaine d’hommes armés de simples fusils de chasse occupent la cave industrielle du colon escroc Depeille. Ils renvoient les occupants, deux ou trois membres de la famille et quelques ouvriers. Ils annoncent qu’ils se placent dans une position défensive et qu’ils veulent dénoncer le scandale de la viticulture corse, obtenir une enquête, voire poursuivre les escrocs et engager un processus de rétrocession des terres aux jeunes Corses.
Ce matin, à 5 heures, une opération militaire de grande envergure est déclenchée avec près de 3.000 hommes armés jusqu’aux dents et avec l’appui d’une dizaine d’hélicoptères et de six auto-mitrailleuses. L’assaut paraît imminent avec beaucoup de sang en perspective. Pour obliger le « pouvoir » à réfléchir afin d’éviter l’affrontement, les retranchés décident de prendre quelques otages. Ces otages seront libérés une demi-heure avant l’assaut de 15h50. Ceci prouve que cette prise d’otages n’a été qu’un stratagème désespéré pour faire reculer le moment de l’affrontement.
Mais dès lors, la situation est claire : l’assaut sera donné.
De nombreuses personnalités, des socioprofessionnels, de vieux syndicalistes, tentent de s’interposer pour qu’une discussion soit possible avant que le sang ne coule. Peine perdue.
Cette délégation humanitaire est refoulée sous prétexte qu’il est trop tard et les auto-mitrailleuses font mouvement, accompagnées de nombreux tirs de grenades lacrymogènes et aussitôt un tir est dirigé dans le dos d’une partie de la délégation qui se repliait. Ange Poli, président du CDJA, faisant partie de cette délégation, est blessé par balle au mollet. La riposte des assiégés est brève. Le Docteur Edmond Simeoni, après avoir consulté son monde, engage une tractation avec le préfet Guerin.
Il se constitue prisonnier à condition que les hommes du camp retranché sortent sans contrôle d’identité et avec leurs armes.
Ce qui est fait.
À 17 heures, tout est consommé : 2 blessés graves, 2 morts.
On reste effaré devant l’absurdité et l’inutilité de ce sang versé, devant la volonté aveugle d’employer la force brutale sur une soi-disant rébellion devenue symbolique.
Le pouvoir a raté l’occasion. Il a joué sinistrement aux apprentis sorciers.
Ces faits sont sans précédent. » •
Article tiré d’Arritti « Édition Spéciale » du 23.08.1975








