Dans Manifeste pour une Corse souveraine, Maì Guillem trace les contours d’un projet politique ambitieux pour l’île, mêlant réflexion institutionnelle, économique et culturelle. À travers cet ouvrage, il invite les Corses à se réapproprier leur avenir collectif et à dépasser les limites d’un débat public qu’il juge trop superficiel.
S’inscrivant dans la dynamique amorcée par le processus de Beauvau, que l’auteur considère comme avant tout symbolique, Guillem plaide pour une véritable évolution institutionnelle fondée sur l’adoption d’une loi organique. Cette dernière permettrait à la Corse d’exercer des compétences législatives élargies, tout en laissant à l’État français les prérogatives régaliennes. Loin d’un simple plaidoyer pour l’indépendance ; une ambition politique qui se construit dans le temps long, l’auteur défend une souveraineté corse avant tout économique et culturelle.
Son constat est clair : il est temps pour les Corses de maîtriser les leviers de leur développement. Cela passe, selon lui, par une diversification des secteurs économiques, la création d’une industrie légère, le renforcement de l’agriculture pour garantir l’autonomie alimentaire, la gestion raisonnée des ressources naturelles comme l’eau, et l’enrichissement de l’offre de formation, notamment dans les filières professionnelles. Il appelle également à limiter la dépendance au tourisme et à instaurer des lois anti-trust pour lutter contre les monopoles économiques.
Ce projet nécessiterait une réforme fiscale majeure : la capacité pour la Corse de prélever l’impôt et d’en reverser une part à l’État, à l’image du modèle basque espagnol. En retour, l’île bénéficierait toujours de la solidarité nationale et des subventions françaises. La France, de son côté, continuerait à disposer de la base militaire de Solenzara et de la zone économique exclusive (ZEE) corse. Dans une logique de « juste compensation », la France allouera ainsi à l’île des aides complémentaires et compensatoires.
L’auteur défend une vision inclusive du peuple corse,
fondée sur la « communauté de destin ».
Mais cette souveraineté ne peut être pleinement réalisée sans un socle culturel solide. Maì Guillem insiste sur la centralité de la langue et de la culture corse comme outils d’unité et de cohésion. Il appelle à une généralisation de l’enseignement immersif, à un bilinguisme assumé et à des classes adaptées à la compréhension du corse dès le plus jeune âge.
Enfin, l’auteur défend une vision inclusive du peuple corse, fondée sur la « communauté de destin » : toutes celles et ceux qui vivent sur cette terre, qui en font vivre la culture, qui y participent activement, doivent être pleinement intégrés au projet collectif.
Avec ce manifeste, Maì Guillem propose un modèle de société en rupture avec les inégalités actuelles, et affirme une volonté forte : celle de permettre au peuple corse de vivre sereinement, dignement, et librement sur sa terre. •
Petru Luciani.








