Une des grandes vulnérabilités des économies insulaires tient aux surcoûts des liaisons pour quitter l’île, ou pour y revenir, que l’on soit passager, ou marchandise. Depuis l’an dernier, de véritables coups de massue fiscaux sont venus alourdir les taxes appliquées à l’aérien et au maritime, sans exemption aucune pour tenir compte des situations particulières des Iles. Avec des conséquences potentiellement dévastatrices.
Une première rupture a eu lieu en mars 2025, quand le gouvernement a fait voter au Parlement une augmentation brutale de la taxe sur les transports aériens pour renflouer le budget de l’État. Cette taxe est passée de 5,26 € à 14,80 € pour un aller-retour entre Corse et continent, aller-retour qui se situe aux environs de 130 € toutes taxes comprises pour une liaison bord à bord. Chacun a ressenti cette augmentation de presque 10 € s’il a dû prendre l’avion ces derniers mois.
Depuis janvier 2026, c’est une nouvelle taxe qui va s’appliquer, tant pour l’aérien que pour le maritime, la taxe carbone appliquée aux émissions de CO2 des navires et des avions reliant la Corse et le continent européen.
Cette nouvelle taxation découle d’un mécanisme européen conçu pour faire baisser les émissions de gaz à effet de serre. Chaque gros émetteur de CO2 en Europe est taxé à proportion de ses émissions, ce qui l’encourage mécaniquement à les réduire. Cette mise en place a commencé il y a vingt ans, mais ce « système d’échange de quotas d’émission », dont l’abréviation anglaise ETS est couramment utilisée, était réservé aux secteurs les plus polluants, et atténué par des « quotas d’émission » autorisés, non taxés, pour éviter de handicaper les producteurs européens face à la concurrence internationale.
Depuis 2024, l’Europe a mis en place un mécanisme « ETS aux frontières » qui s’applique aux importations en leur appliquant la même taxe CO2 que s’ils avaient fabriqué leur produit en Europe. Avec cette mise en place, qui fait, par exemple, qu’une compagnie aérienne anglaise ou américaine paiera obligatoirement la même taxe qu’une compagnie européenne pour venir à Paris ou Rome, l’application des quotas CO2 a pu être généralisée à de nombreuses nouvelles activités, parmi lesquelles les transports aériens et maritimes, pour lesquels elle est devenue opérationnelle depuis le 1er janvier 2026.
Or baisser leurs émissions pour les transports aériens ou maritimes est quasiment impossible techniquement, si bien que ce secteur est très lourdement impacté. Et comme les obligations de réduction des émissions de CO2 s’accroissent chaque année, compagnies aériennes et maritimes seront face à une charge croissante qui va les impacter de plus en plus lourdement.
La conséquence en sera un renchérissement notable des coûts d’accès aux îles européennes de plus de 200.000 habitants1, ce qui va impacter les résidents, et aussi l’activité économique principale de chacune de ces îles qui est liée au tourisme.
Jean Félix Acquaviva, devant l’Office des Transports puis à l’Assemblée de Corse, et devant les médias, a tiré la sonnette d’alarme sur l’impact de cette nouvelle fiscalité.
S’y ajoutent des facteurs aggravants comme la décision de l’État, dans le cadre du budget qui vient d’être adopté, de réduire la compensation financière complémentaire de la dotation de continuité territoriale de 7 millions d’euros par rapport à 2025, mesure qui fait encore l’objet de tractations. Autre facteur aggravant, la situation concurrentielle difficile pour les compagnies maritimes qui assurent la DSP Corse, Corsica Linea et la Méridionale, dans leurs autres activités marchandes, notamment sur les lignes entre Marseille et le Maghreb, où elles sont concurrencés par des compagnies qui appliquent des conventions sociales très inférieures pour leurs marins.
Face à ces nuages qui s’accumulent, les mouvements sociaux montrent l’inquiétude grandissante des salariés des compagnies. Maintenant que l’adoption du budget 2026 de l’État a franchi l’obstacle des motions de censure, Sébastien Lecornu devra donner des réponses rapides aux demandes de l’Exécutif pour éviter que la situation ne dérape gravement d’ici les prochains mois. •
- Seuil obtenu de haute lutte par la Grèce qui a ainsi réussi à exonérer la desserte de ses nombreuses îles de cette taxe, à l’exception de la Crête qui compte plus de 600.000 habitants. Les Etats de France, Italie et Espagne sont restées totalement passifs, si bien que Corse, Majorca, Sardaigne et Sicile sont toutes lourdement pénalisées. ↩︎








