Il est temps de dire les choses clairement : le mouvement nationaliste ne peut et ne doit plus se tenir à distance des grands sujets qui structurent l’imaginaire politique contemporain. Immigration, sécurité, autorité, insécurité culturelle, crise du vivre-ensemble – autant de thématiques qui, même si elles relèvent juridiquement de Paris, façonnent les esprits, orientent les votes et redessinent le champ des possibles. Les ignorer, c’est abandonner aux extrêmes françaises un espace décisif, et laisser les Corses seuls face à des discours qui ne correspondent ni à leur réalité ni à l’intérêt de leur pays.
Nous n’avons pas à adopter les obsessions des extrêmes, encore moins à tomber dans le mimétisme des débats de bas niveau français, européens et mondiaux. Mais nous avons le devoir de parler de ce qu’ils instrumentalisent, avec lucidité et hauteur. Car ces sujets ne sont pas illégitimes. Ils sont réels, parfois douloureux. Ce qui est illégitime, c’est la manière dont certains les monopolisent pour imposer une vision brutale, xénophobe et populiste. Or ces discours sont aux antipodes d’un projet d’émancipation nationale, tout comme ceux qui les portent. Ce qu’ils proposent ne correspond en rien aux attentes et aux besoins de la Corse et des Corses. Ce qu’ils nient, c’est tout simplement l’existence même de notre peuple. Que personne n’oublie que voter pour le Rassemblement national, c’est voter pour une Corse étant une région à part entière, administrée par des parachutistes de haut niveau, comme ce fut tenté aux dernières élections législatives : « On ne connait pas la Corse, on s’en fiche, on a Jordan. »
À l’inverse de cette mascarade de télé-réalité, notre responsabilité est de montrer que nous pouvons parler de sécurité sans verser dans la haine, d’identité sans tabou, d’accueil sans naïveté. Cela suppose de construire une grille de lecture nationaliste de ces enjeux. Une lecture fondée sur notre histoire, notre culture, notre démographie, notre géographie. Une lecture enracinée, cohérente, populaire et surtout pragmatique.
La Corse a besoin de repères, de frontières claires, d’une capacité d’organisation collective. Il ne s’agit pas de tomber dans la peur ou l’agressivité, ni dans l’aveuglement ou l’ignorance. Il s’agit de refonder un projet de société structuré, exigeant et ancré dans une vision corse du monde.
La vérité, c’est que si le mouvement nationaliste ne parle pas, d’autres parleront. Et certains parlent déjà. Le vote d’extrême droite progresse. Parce que les gens cherchent des réponses à leurs inquiétudes. Parce que les médias français ont pris le contrôle de ces sujets. Parce que, dans le silence, les slogans prennent le dessus. Il ne s’agit pas de courir après ces votes. Il s’agit de dire aux Corses qu’il existe un autre chemin.
Ce chemin, c’est celui d’une nation vivante, ouverte mais structurée, solidaire mais lucide, enracinée sans être enfermée. Une nation qui sait qu’un peuple ne se construit ni dans le rejet absolu de l’autre, ni dans l’effacement de soi. Une nation qui veut vivre, non contre le monde, mais en résonance avec ses propres besoins, ses propres équilibres. Ce combat nous le portons, il est difficile, parfois injuste, mais nécessaire. C’est celui de dire la vérité aux Corses.
Le mouvement nationaliste ne peut plus se contenter d’être sur la défensive. Il doit redevenir une force politique capable de parler de tout ce qui touche à la vie des gens. Cela veut dire aussi porter un discours clair sur les enjeux d’autorité, de justice, de sécurité, de cohésion sociale, de maîtrise de l’immigration, mais suivant notre matrice : Celle d’une Corse capable d’accueillir mais profondément exigeante. Celle ou rien ni personne ne pourra entraver notre capacité à construire un pays, avec une langue, une culture et un peuple.
La Corse n’a rien à gagner face aux fantasmes autoritaires. Elle a tout à perdre dans une soumission à un modèle jacobin sous couvert d’ordre et d’identité. Ce que propose l’extrême droite française est à l’exact inverse d’un projet d’autonomie. Ceux qui, ici, croient voter pour « la fermeté » oublient souvent qu’ils votent, en réalité, pour la fin même de ce que nous sommes.
Nous devons donc dire ce que nous pensons, sans tabou, sans panique, sans simplisme. Poser nos propres mots sur le monde. Pour ne pas le laisser à ceux qui le salissent. Et pour que, demain, la Corse reste fidèle à elle-même. •








