Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2947

da u 30 di lugliu à u 2 di sittembre di u 2026

François Martinetti, secrétaire national de Femu a Corsica

« Notre nationalisme est un nationalisme d’émancipation »

Martinetti

le 31/07/2026

Par François Alfonsi

Femu a Corsica s’est créé en tant que parti politique en décembre 2018. Depuis, il a enchaîné de nombreux succès : élection de François Alfonsi de 2019 à 2024 au Parlement européen, élection, au lendemain des Municipales, de Paulu Santu Parigi comme sénateur de la Haute-Corse en septembre 2021, puis victoire retentissante aux Territoriales de décembre 2021, avec 41% des voix et une majorité absolue pour le groupe Fà Pòpulu Inseme au sein de l’Assemblée de Corse. En juin 2022, Michel Castellani et Jean Félix Acquaviva ont été réélus députés, et l’Exécutif conduit par Gilles Simeoni a pu engager un mois plus tard les discussions avec l’État dans le cadre du processus de Beauvau en position de force.
Ce statut de première force nationaliste organisée a été confirmée au fil des années qui ont suivi, malgré la perte du siège de député de la seconde circonscription de Haute Corse lors de l’élection qui a fait suite à la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron en juillet 2024. Un échec qui n’a pas remis en cause la prépondérance de Femu a Corsica dans le paysage politique insulaire.
François Martinetti a été élu secrétaire national de Femu a Corsica en décembre 2021. Depuis bientôt cinq ans, il est depuis lors un dirigeant pleinement impliqué, constamment sur le terrain, et proche des militants. Il est aussi le maire d’U Pitrosu, ce qui en fait un élu local bien au contact de ce réseau des élus des petites communes, essentiel pour faire vivre le message nationaliste, notamment dans l’intérieur. Il lui appartiendra d’animer la réflexion collective sur les choix politiques à opérer dans les prochains mois, dans le contexte de la séquence politique nouvelle qui s’ouvre à compter de la rentrée 2026 avec en perspective des élections sénatoriales dès le 27 septembre 2026, des élections législatives en juin 2027, au lendemain d’une élection présidentielle française dont nul ne peut anticiper les résultats, puis les élections territoriales de mars 2028.
Arritti a recueilli ses analyses sur la période qui s’ouvre.

Après l’été, une nouvelle séquence politique s’ouvre. La campagne présidentielle va occuper, et progressivement saturer, l’espace politique. Quelques semaines après le 2 mai 2027, les élections législatives seront largement influencées par le résultat du second tour de la présidentielle. Comment Femu a Corsica aborde-t-il cette séquence ?
Nous abordons ces deux années politiques, 2026 et 2027, avec détermination et confiance. Une confiance militante portée depuis plus de soixante ans par des générations de femmes et d’hommes qui ont tout donné pour faire reconnaître les droits du peuple corse sur sa terre. Une détermination également, car nous savons que les Corses nous accordent leur confiance depuis de nombreuses années, comme en témoignent les résultats électoraux obtenus depuis 2014.
Pour Femu a Corsica, le projet de loi constitutionnelle relatif à l’autonomie de la Corse, largement adopté par l’Assemblée nationale, constitue un tournant historique. Il doit désormais être validé par le Sénat puis par le Congrès. Il représenterait à la fois l’aboutissement institutionnel de plus de soixante années de combat démocratique et le point de départ de la construction d’une Corse enfin dotée des moyens de répondre aux aspirations de son peuple, longtemps freinées par l’immobilisme de l’État et les résistances des forces conservatrices.

D’ici là auront lieu les élections sénatoriales du 27 septembre 2026. Comment serez-vous présents ? Quels objectifs poursuivrez-vous ?
À l’approche du débat au Sénat, qui débutera le 21 octobre, ces élections revêtent une importance particulière. C’est dans cette perspective que nous soutiendrons Paulu Santu Parigi dans le Cismonte. Durant son mandat, il a défendu avec force, constance et détermination les intérêts du peuple corse au Palais du Luxembourg.
Dans le Pumonte, dans le prolongement du cap stratégique défini à Lavatoghju le 19 octobre 2025 et confirmé lors des élections municipales, Femu a Corsica œuvre à la construction d’une candidature nationaliste capable de rassembler le plus largement possible autour d’une vision commune de la Corse et de son avenir.
Nous serons donc pleinement mobilisés afin de créer les conditions d’une issue favorable au projet de révision constitutionnelle relatif à l’autonomie.

En octobre, le principal obstacle sur la route de la réforme constitutionnelle sera le Sénat. Comment espérez-vous le dépasser ?
Notre première responsabilité est de peser fortement sur les élections sénatoriales de septembre. Les résultats obtenus en Corse seront observés avec attention par les sénateurs, car ils constitueront un signal politique fort.
Ensuite, il faudra analyser la nouvelle composition du Sénat et les équilibres politiques qui en découleront. Quel que soit le contexte, notre démarche reposera sur trois priorités.
D’abord, démontrer que l’autonomie est indispensable pour répondre aux difficultés concrètes que rencontrent les Corses : la spéculation et la dépossession foncières, les infrastructures essentielles, la sauvegarde de notre langue, mais aussi le développement économique et social de notre pays.
Ensuite, poursuivre un travail de pédagogie auprès des parlementaires. L’autonomie n’est pas l’indépendance. Elle consiste à donner à la Corse les moyens de décider dans les domaines qui relèvent de son quotidien, tout en demeurant pleinement au sein de la République française.
Enfin, rappeler que ce projet bénéficie d’une légitimité démocratique incontestable. Depuis 2014, les listes autonomistes et indépendantistes remportent régulièrement les élections en Corse, avec un point culminant en 2021 où elles ont recueilli près de 68  % des suffrages. Cette légitimité a encore été renforcée lors des élections municipales de 2026, puisque plus de 70  % des maires de Corse soutiennent aujourd’hui le projet de révision constitutionnelle.
Avant l’examen du texte à l’Assemblée nationale, beaucoup pensaient qu’il serait rejeté. Pourtant, grâce au travail de conviction mené par Gilles Simeoni, Gilles Giovannangeli et l’ensemble des élus mobilisés, une large majorité de députés français a finalement voté en faveur du projet. Cette expérience montre qu’aucun obstacle n’est insurmontable lorsque le dialogue et les arguments l’emportent.

À moins d’un vote conforme du Sénat dès octobre, les navettes parlementaires pourraient prolonger, voire ralentir le processus à mesure que l’élection présidentielle approchera. Le dialogue avec l’État pourra-t-il se poursuivre ?
Nous ne pouvons naturellement pas préjuger de l’évolution de la situation politique française. Nous savons que certaines forces jacobines demeurent opposées à toute évolution institutionnelle de la Corse et que plusieurs formations politiques aujourd’hui bien placées dans les sondages rejettent le processus d’autonomie.
Notre responsabilité est donc de nous appuyer sur nos propres forces, sur la légitimité démocratique du processus engagé et sur le soutien constant du peuple corse.
Quel que soit le gouvernement issu des prochaines échéances, il devra tenir compte de cette réalité démocratique. Ignorer durablement la volonté exprimée par les élus et par les Corses reviendrait à créer un profond déni de démocratie, avec des conséquences dont personne ne peut mesurer les effets.

Moins d’un an après, viendront les élections territoriales de mars 2028. Certains succès enregistrés aux municipales ont montré la voie d’une recomposition dynamique du mouvement nationaliste. Où en est la réflexion de Femu a Corsica ?
Depuis notre Cunsigliu naziunale de Lavatoghju, notre cap stratégique est clair : faire converger les forces nationalistes tout en réaffirmant nos fondamentaux et en rassemblant les progressistes.
Les élections municipales ont démontré la pertinence de cette stratégie, notamment à Bastia, Sartè, dans le Grand Bastia ou encore à Aiacciu. Malgré nos différences, nous avons su nous rassembler autour de l’essentiel et les Corses ont répondu présents.
Cette dynamique s’est également diffusée dans le monde rural, où de plus en plus de nationalistes, membres de Femu a Corsica ou non, poursuivent leur enracinement local.
Notre objectif est donc de prolonger cette dynamique lors des élections sénatoriales, législatives puis territoriales de 2028 afin de préparer ensemble l’exercice des responsabilités dans la future Corse autonome.

Scola Corsa a réenchanté le combat pour la langue corse. Peut-on passer de cette expérimentation réussie à une généralisation de cette offre pédagogique ?
Scola Corsa est sans doute l’exemple le plus concret de la Corse que nous voulons construire. Des enfants qui parlent corse entre eux, des parents pleinement investis dans la vie de l’école, des équipes éducatives engagées dans la transmission de notre langue et une école où le corse devient naturellement une langue de vie et d’intégration.
Les résultats sont remarquables. La pédagogie immersive permet aux enfants de devenir rapidement des locuteurs actifs tout en développant des capacités renforcées dans l’apprentissage des autres langues.
Ce modèle doit désormais être pérennisé avec l’État. C’était tout l’enjeu des mobilisations récentes et du combat mené par les parents d’élèves, fortement soutenus par Femu a Corsica et par une grande partie de la société corse.
Scola Corsa doit désormais poursuivre son développement. Après Bastia, Biguglia, Corti et Sàrrula, demain Serra di Fium’Orbu et, nous l’espérons, de nombreuses autres communes.
À terme, Scola Corsa doit devenir à la fois un modèle et un moteur pour accompagner la généralisation de l’enseignement immersif au sein de l’école publique, seule voie crédible pour former durablement de nouvelles générations de locuteurs corses.

En Corse, comme en Catalogne, on voit apparaître une offre politique identitaire d’extrême droite. En Corse, elle s’appuie sur le Rassemblement national alors que celui-ci a massivement rejeté le projet d’autonomie. Quelle est ton analyse ?
Le Rassemblement national demeure dans la continuité du Front national concernant la Corse. Il reste fermement opposé à toute reconnaissance du peuple corse comme à toute évolution vers un statut d’autonomie.
Certes, certains éléments de langage ont évolué de manière opportuniste. On parle désormais d’« âme corse », de langue ou encore de pieve. Mais sur le fond, rien n’a changé. Le vote massif du Rassemblement national et de ses alliés de Mossa Palatina contre le projet de révision constitutionnelle l’a une nouvelle fois démontré.
Les Corses savent faire la différence entre une instrumentalisation identitaire et un véritable projet national pour la Corse.
Notre nationalisme est un nationalisme d’émancipation. Il vise à permettre au peuple corse de maîtriser son destin, de protéger sa langue, sa terre et son identité, et de se doter des institutions nécessaires pour décider de son avenir. C’est cette ambition nationale, démocratique et profondément corse qui nous distingue fondamentalement de l’extrême droite française. •

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