En cette année 2025, la Corse célèbre le tricentenaire de la naissance de Pasquale Paoli, figure cardinale de notre histoire. Né en 1725 à Merusaglia, Paoli incarne l’aspiration du peuple corse à l’autodétermination, à la dignité et à la liberté. Il fonde une république indépendante dès 1755, dotée d’une Constitution avant-gardiste, d’une monnaie, d’un drapeau, inspirations du monde contemporain, et porte, bien avant les Révolutions américaines et française, une vision audacieuse du pouvoir partagé, de la justice et de la nation.
Trois siècles plus tard, alors que la Corse est à un tournant politique majeur, le mouvement nationaliste doit se réapproprier son héritage, non pas pour le sanctuariser, mais pour en réactiver la portée transformatrice. Le courant porté par Gilles Simeoni s’inscrit pleinement dans cet héritage Paoliste qu’il faut amplifier en ces temps troubles et inconnus.
Paoli, républicain des Lumières et précurseur démocratique
Dans un monde encore dominé par les monarchies et les privilèges, Paoli établit une république fondée sur la souveraineté populaire, le suffrage, ouvert aux femmes, l’éducation et la séparation des pouvoirs. Il fonde l’Université de Corte en 1765 pour former des citoyens éclairés. Il organise une armée et une diplomatie, ouvre la Corse au monde, et démontre qu’un petit peuple peut se gouverner lui-même avec intelligence et fermeté. Sa pensée n’est pas seulement politique ; elle est aussi culturelle, morale, philosophique.
Un nationalisme d’ouverture et de dignité
À l’heure où l’identité est parfois instrumentalisée à des fins de repli ou de rejet, le legs de Paoli nous invite à penser un nationalisme moderne, enraciné mais non fermé, fier mais non exclusif. Lui-même se nourrissait des idées de Rousseau, de Montesquieu et de Voltaire. Il correspondait avec les penseurs européens, parlait plusieurs langues, et faisait dialoguer le local et l’universel. Le nationalisme corse du XXIe siècle doit retrouver cette intelligence des ponts, cette capacité à affirmer ce que nous sommes sans ignorer ce que nous partageons.
Républicanisme corse et autodétermination : l’actualité de l’héritage Paoliste
L’héritage de Paoli ne se résume pas à une indépendance formelle ou à une souveraineté abstraite. Il pose la question fondamentale : qui décide ? Qui éduque ? Qui bâtit l’économie, la culture, les institutions ? Être fidèle à Paoli aujourd’hui, c’est revendiquer la maîtrise de notre destin, au sein d’une Europe repensée, où les peuples trouvent place à hauteur d’homme. C’est aussi refuser le simulacre démocratique que représente une décentralisation vidée de substance.
La Corse à la croisée des chemins : Paoli comme boussole
En 2025, la Corse entame une nouvelle étape, avec un processus de discussion sur un statut d’autonomie, sur la reconnaissance de son peuple, de sa langue, de ses droits collectifs. Cette étape ne doit pas être un compromis mou, mais un moment de vérité. À travers Paoli, c’est une boussole que nous retrouvons : celle d’un peuple maître de lui-même, respecté dans son altérité, bâtissant des institutions propres, une économie productive, et une société solidaire.
Faire vivre Paoli, c’est agir
Se réapproprier Paoli, c’est refuser qu’il devienne une figure folklorique ou neutralisée. C’est l’inscrire dans nos débats présents : sur la langue, l’école, les transports, l’énergie, la démocratie locale, la justice sociale. C’est poser la question de ce que serait une république corse du XXIe siècle. À l’heure où certains voudraient vider l’idée nationale de son contenu, ou la dissoudre dans un simple régionalisme technocratique, il nous revient de redonner à Paoli sa force de subversion. Pas pour l’imiter, mais pour continuer son œuvre.
Car le combat de Paoli n’est pas fini. Il commence à nouveau, chaque jour, dans nos actes et dans nos choix. •








