Le 25 février 2025, le musée de Bastia a accueilli une conférence publique intitulée « La pauvreté et les inégalités », organisée dans le cadre du projet Corsica Pruspettiva 2050. Cette initiative, portée par la présidence de l’Assemblée de Corse, vise à anticiper les évolutions globales et les chocs exogènes affectant l’île.
La conférence a réuni plusieurs experts afin d’analyser les disparités sociales et économiques qui touchent la Corse. Parmi les intervenants figuraient Christophe Basso, directeur de l’Insee Corse, qui a présenté les principaux indicateurs économiques et sociaux de l’île, Antonin Bretel, directeur adjoint de l’Insee Corse, apportant un éclairage complémentaire sur les statistiques de la précarité, François Pernin, président de la Coordination inter-associative de lutte contre l’exclusion (CLE) et membre de la délégation de Corse-du-Sud de la Croix-Rouge, qui a témoigné de la réalité du terrain et du travail associatif et enfin Nicolas Duvoux, professeur de sociologie à l’Université Paris 8 et chercheur au Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris.
La Corse face à la précarité : un constat alarmant selon l’Insee
Lors de la présentation du rapport « Corsica Pruspectiva » le 25 février 2025 à Bastia, l’Insee a dressé un état des lieux préoccupant de la pauvreté sur l’île. Avec un taux de pauvreté de 18 % en 2021, la Corse se distingue comme la région métropolitaine la plus touchée, dépassant nettement la moyenne nationale. Cette situation est particulièrement marquée en Haute-Corse (20 %), tandis que la Corse-du-Sud enregistre un taux légèrement inférieur (16 %).
Des populations vulnérables
Les personnes âgées de plus de 75 ans sont parmi les plus exposées à la précarité, avec un taux de 18,5 %. Les familles monoparentales ne sont pas épargnées non plus, affichant un taux alarmant de 27 %.
Contrairement à certaines idées reçues, la pauvreté ne se concentre pas uniquement dans les Quartiers prioritaires de la ville (QPV). En effet, 88 % des personnes vivant sous le seuil de pauvreté résident en dehors de ces zones. Toutefois, les QPV restent fortement marqués par la précarité, avec un taux de pauvreté de 39 %, soit plus du double de celui observé dans les autres zones urbaines environnantes (15 %).
Un marché du travail fragile
La précarité touche aussi le marché du travail insulaire. 40 % des salariés corses (soit environ 45.500 personnes) perçoivent un bas salaire inférieur à 15.290 € par an. Cette réalité impacte directement les ménages, puisque 12 % des travailleurs vivent sous le seuil de pauvreté.
Les inégalités de revenus sont également plus marquées qu’au niveau national, avec un rapport inter-décile de 3,6 contre 3,2 en France métropolitaine après redistribution. Cela signifie que les 10 % des Corses les plus riches gagnent en moyenne 3,6 fois plus que les 10 % les plus pauvres, contre un écart moindre dans le reste du pays.
Un coût de la vie plus élevé
En plus de ces difficultés, le coût de la vie en Corse est un autre facteur aggravant. Les prix à la consommation y sont en moyenne 7 % plus élevés que dans le reste des territoires provinciaux français. Cette différence de prix, notamment sur l’alimentation et l’énergie, accentue encore davantage la pression sur le pouvoir d’achat des ménages insulaires.
Quelle réponse politique ?
Face à ces constats, la Corse se trouve à un tournant. La lutte contre la pauvreté et les inégalités devra passer par des politiques publiques adaptées aux spécificités socio-économiques de l’île. L’enjeu est crucial : redonner du pouvoir d’achat aux ménages, favoriser l’emploi stable et améliorer les dispositifs d’accompagnement pour les populations les plus vulnérables.
Ce rapport de l’Insee constitue un signal d’alarme pour les décideurs et les acteurs économiques insulaires. Reste à voir quelles mesures seront mises en place pour inverser cette tendance préoccupante. •








