Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2912

da u 20 à u 26 di nuvembre di u 2025

U mo parè

Peut-on encore bâtir un pays ?

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le 21/11/2025

Par François Joseph Negroni

Nous parlons souvent de nation, de pays, de peuple, comme si ces mots suffisaient à faire exister la réalité qu’ils désignent. Mais un pays ne naît pas d’une simple volonté proclamée ni d’un récit répété ; il se construit, patiemment, dans les gestes du quotidien, dans la transmission, dans l’exigence de se hisser à la hauteur de ce que l’on prétend être. Et c’est précisément sur ce point que ma génération, celle de l’instantané numérique, des frontières dissoutes, des identités qui se diluent dans l’uniformité mondiale, se trouve devant un défi d’une ampleur historique. Construire un pays en Corse, alors que chaque année plus de cinq mille arrivants extérieurs viennent recomposer, parfois remodeler, parfois remplacer nos équilibres, nos usages, nos paysages.
Construire un pays alors que les écrans nous servent une culture prêt-à-porter, plus rapide à consommer qu’à contredire. Construire un pays alors que les signes de reconnaissance – langue, codes, rituels, références, humour même – se dissolvent dans une sorte de neutralisation universelle où chacun parle à tout le monde sauf à ceux qui habitent à côté.


Nous grandissons dans une époque paradoxale : jamais l’identité n’a été autant revendiquée, et jamais elle ne s’est révélée aussi poreuse. Une époque où chaque génération croit être libre parce qu’elle peut tout choisir, sans mesurer que cette liberté devient impotence quand elle n’est plus orientée vers une œuvre commune. Nous vivons entourés de maisons neuves, de lotissements pavillonnaires qui ressemblent davantage à des zones dortoirs qu’à des villages. Des lieux où l’on vit derrière des murs plutôt qu’entre des gens ; où l’on sort pour travailler, parfois pour acheter, rarement pour appartenir ; où l’on consomme le territoire sans l’habiter.


La Corse a longtemps été un pays d’extériorité. Aujourd’hui, c’est l’inverse : elle attire, elle accueille, elle est désirée non pour ce qu’elle propose mais pour ce qu’elle offre en qualité de vie, en beauté, en douceur climatique. Nous ne sommes plus un peuple qui part et revient, mais un peuple qui se fait rejoindre, observer, commenter, imiter, diluer. Et cela constitue une menace. Cela devient un défi majeur quand la communauté historique ne sait plus produire du sens, de la discipline, de l’intelligence collective.
Le smartphone est devenu notre premier territoire : il définit nos goûts, nos références, nos rythmes, nos mots même. Nous parlons le même divertissement que Tokyo, Los Angeles, Paris ou Séoul ; nous partageons les mêmes tendances, les mêmes ironies, les mêmes chansons recyclées par les algorithmes. La langue Corse, elle, n’est pas une application ; elle ne se télécharge pas. Elle demande un corps, une voix, un effort, une fierté, un contexte social. Et ce contexte-là, nous sommes en train de le perdre, remplacé par les bulles d’écouteurs, les messages vocaux, les rires silencieux derrière un écran. La langue disparaît parce qu’elle n’est plus utile comme marqueur de reconnaissance, comme clé d’entrée dans le monde, comme preuve de légitimité sociale. Quand la langue cesse d’être une porte, elle devient un décor.


C’est là que surgit notre contradiction la plus cruelle : nous voulons construire un pays moderne, créatif, ouvert, mais nous évoluons dans une société résidentielle, individualiste, désocialisée, fragmentée. Comment espérer bâtir une nation politique dans ces conditions ? Comment espérer transmettre une conscience collective quand l’habitat même empêche la rencontre, l’entraide, la surveillance bienveillante, la parole spontanée ? Comment espérer maintenir un récit commun quand les modes de vie importés s’imposent sans négociation, comme s’ils représentaient la norme mondiale, et que nous serions archaïques de ne pas nous y conformer ?
La question n’est pas de refuser tous les arrivants ; elle est de savoir ce que nous avons à leur proposer. Un pays qui n’offre pas une forme d’engagement réciproque, une promesse de transformation, une ascèse collective, ne bâtit pas de citoyenneté mais du résidentiel amélioré. Nous devons sortir du dilemme faux entre fermeture agressive et ouverture naïve. La vraie voie est celle de la sélectivité culturelle, de l’exigence civique, de la participation et du contrat national. Accueillir, oui — mais rejoindre quelque chose, apprendre quelque chose, éprouver quelque chose, contribuer à quelque chose.


Nous voulons un pays à la hauteur du XXIe siècle : innovant, capable de maîtriser l’intelligence artificielle comme la maîtrise de l’agropastoralisme ; un pays capable d’enseigner la langue par immersion mais aussi de créer des entreprises exportables ; un pays où l’on puisse être ingénieur en réseaux et parler un corse vivant, riche, créatif ; un pays qui s’ouvre au monde, mais en position d’auteur – pas de consommateur passif. Voilà la véritable ambition.
Alors, la responsabilité repose sur nous. Pas pour répéter ce que nos anciens ont fait — ils ont eu la force. Nous devons maintenant produire la forme. Nous devons redéfinir la nation comme un projet, comme une ascension, comme une création.
Parce qu’au fond, la seule vraie question reste celle-ci : voulons-nous être un territoire qu’on occupe, ou une nation qu’on rejoint ? •

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