Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2916

da u 18 à u 24 di dicembre di u 2025

Dossier "logement d'urgence" - Mise en danger des acteurs de la solidarité

Pour François Pernin, c’est « un immense bond en arrière »

Dossier logement

le 17/12/2025

Par Fabiana Giovannini

Arritti rendait compte il y a peu de l’alerte donnée par la Fédération des acteurs de la solidarité en France (FAS) au sujet de la réduction des subventions dont ils bénéficiaient jusqu’ici. En Corse aussi les conséquences sont graves. Le Dr François Pernin s’est fait le porte-parole des plus démunis dans l’île. Membre notamment de Médecins sans frontière, il a contribué à réunir ces associations de solidarité sociale au sein de la Coordination de lutte contre l’Exclusion. Chaque année, la CLE organise un colloque sur la pauvreté dans l’île et se penche sur les mécanismes qui y conduisent. Le Dr Pernin livre pour Arritti son avis sur les conséquences de la réduction de ces aides, notamment concernant l’hébergement d’urgence. C’est un cri d’alarme.

Arritti a rendu compte de l’alerte lancée par la Fédération des acteurs de la solidarité1 au sujet de la menace qui plane sur eux : une association sur trois est menacée de disparition fin 2025. 24 % disposent de moins de deux mois de liquidités, 58% n’ont pas de visibilité au-delà d’un an. S’y ajoute la pénurie des travailleurs sociaux… est-ce que ces constats se font en Corse aussi ?
Oui, ce constat se fait sentir en Corse aussi, car ces chiffres statistiques nationaux se déclinent dans toutes les régions. Mais ils sont désincarnés et ne nous parlent pas assez, à nous citoyens, et aux décideurs politiques et administratifs. Il faut leur donner leur réalité humaine, ce que veut dire cette disparition des associations et de leurs activités, c’est-à-dire les drames humains trop sèchement résumés à leurs données chiffrées.
Et je voudrais insister sur la plus aiguë des menaces qui est déjà en marche, la disparition de l’hébergement d’urgence, c’est-à-dire la mise à l’abri immédiate de personnes privées de logis, parfois de façon soudaine : femmes victimes de violence, jeune fille expulsée de chez elle, parce que ses parents la découvre enceinte, expulsion d’un jeune qui vient de verser dans la drogue, drame d’un divorce, désespoir d’un homme qui perd un enfant, son emploi, qui le font plonger dans la dépression, l’alcool, le chômage, le divorce, et la perte du logement, malade psychiatrique précaire, non pris en charge. Toutes ces formes de parcours de solitude et d’errance et qui mènent petit à petit à la rue : sortie de prison mal préparée, et beaucoup d’autres situations que chacun d’entre nous pourraient traverser car les raisons de chuter dans cet isolement extrême, sont multiples et de plus en plus fréquentes aujourd’hui.

Quel rôle joue l’hébergement d’urgence pour ces personnes ?
L’hébergement d’urgence, c’est la dernière possibilité que nous avons de pouvoir tout d’abord mettre à l’abri, ces personnes fragiles, les rassurer, leur donner les premiers besoins physiologiques vitaux : un lit, une douche, un repas et les entourer à nouveau d’une présence bienveillante. Puis d’analyser leur situation médico-psycho-sociale, de rétablir leur droit d’accès à la santé, de les rassurer, de leur donner une certitude du lendemain.
Cet hébergement d’urgence qu’offre les CHUS (centre d’hébergement d’urgence sociale) représente d’abord la survie, puis un début d’insertion adaptée à chacun, dans une véritable dentelle, nous, disait le docteur Xavier Emmanuelli. Cette présence doit être fortement professionnalisée car le comportement face à des personnes déracinées, toujours en souffrance, souvent en révolte et sous addiction, nécessite des compétences particulières.
Aujourd’hui ces CHUS, notamment A Fratellenza à Bastia, la Fraternité du Partage à Aiacciu, la Croix Rouge, sont très fortement menacées de fermeture par diminution de leurs subventions, le processus est déjà engagé.

Et si ces hébergements d’urgence disparaissent que peut-il se passer ?
Le drame véritable, ce n’est pas ce que vivent ces associations elles-mêmes, mais ce que vont vivre les hommes et les femmes actuellement pris en charge et qui, brutalement, seront jetés à la rue sans solution, et chez qui, tout le travail de reconstruction actuellement mené, va s’effondrer. Il y aura des morts rapides, et d’autres plus lentes.

Combien de personnes sont concernées en Corse ?
C’est une trentaine de personnes hébergées, ex sans-abri qui retourneront à la rue tant à Bastia qu’à Aiacciu, sans autre solution, puisque toutes les solutions d’hébergement d’urgence auront disparu, celles qui persistent sont saturées. Ces personnes seront mises en danger vital dès le jour de leur sortie.
Et par effet domino, toutes les autres associations et service d’aide d’urgence seront sursollicitées et confinées à des aides immédiates et partielles, sans lendemain, sur les trottoirs : mise à l’abri, alimentation, soins, soutien psychologique, vêtement, appel au SAMU, pompiers, Police Secours, eux-mêmes sans réponse autre que les gestes d’urgence sans suite, et comme seul lieu de dernier recours le service des urgences de l’hôpital, déjà saturé et peu enclin à une prise en charge en hospitalisation, car les solutions de sortie, en dehors de la rue, auront disparu, même chose avec les services de psychiatrie eux-mêmes saturés, et qui ne peuvent assurer des soins que s’il existe une solution d’hébergement de sortie sous peine de bloquer les lits déjà insuffisants dont ils disposent.

C’est donc une véritable régression sociale ?
La rue, c’était notre réalité il y a une trentaine d’années. La création des CHUS a tout changé en offrant ces mises à l’abri immédiate. Et aujourd’hui tout s’effondre, nous allons faire un immense bond en arrière.
Le SIAO2, le 115 resteront sans réponse, et le SAMU Social se résumera à la distribution de couverture et au transport vers les urgences hospitalières de toutes les misères sans solution… Pour les retrouver à la rue quelques heures ou jours plus tard. Tout ce réseau cohérent et lentement tissé avec beaucoup d’effort va se disloquer par la perte de ce maillon essentiel : les CHUS.
Toutes nos structures associatives sont donc concernées, dans leur activité, par cette rupture brutale d’un des maillons de la prise en charge et du parcours des plus démunis.
Mais notre société aussi, car nous avions commencé grâce à ces solutions d’hébergement à tisser de véritables parcours de soins et de parcours administratifs, suivis et efficaces.
Ces personnes vont donc redevenir des patates chaudes, comme il y a quelques années. •

  1. https://arritti.corsica/que-serions-nous-sans-le-secteur-associatif ↩︎
  2. SIAO : Services intégrés d’accueil et d’orientation. ↩︎

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