« Conformément au mandat impératif donné par 8000 militants et sympathisants lors du Congrès de Corti II du 17 août 1975, l’ARC a décidé de passer à l’action directe, rendue indispensable par les promesses jamais tenues et le refus systématique de prendre en compte les légitimes aspirations du Peuple Corse.
L’ARC occupe ce jour la cave Depeille à Aleria. Pourquoi cette région ?
Parce qu’elle symbolise le colonialisme agricole. En effet, la mainmise des colons sur toutes nos richesses y est ici par trop évidentes et aussi parce que cette région symbolise le mépris de l’État pour l’aspiration des jeunes ruraux corses. En effet, malgré les promesses formelles de Monsieur Pleven, ministre de la Justice en 1971, de rétrocéder à la commune d’Aleria 400 ha de terres agricoles ainsi que 60 ha de bord de mer, rien n’a été fait à ce jour, cinq ans après !!
Pourquoi cette action directe contre Monsieur Depeille ?
Parce qu’il symbolise le colon escroc indéfendable, ayant bénéficié de prêts exhorbitants, parce qu’il a trempé dans tous les trafics du vin, parce qu’avec ses complices, MM. Juncqua, Cuaz Siegel, Infantès, il a mis sur pied une énorme escroquerie au préjudice des petits viticulteurs, escroquerie que l’Administration, les banques, la presse s’emploient à étouffer.
En conséquence, nous exigeons (…) la mise en prison des cinq colons escrocs, la saisie de leurs 2000 ha et de leurs caves avec la redistribution aux jeunes ruraux corses les plus déshérités, de ces terres et de ces caves pour la mise sur pied d’une économie communautaire viable.
Cette action, au service exclusif du Peuple Corse, induit les autres luttes populaires telles que la création d’emplois pour les jeunes Corses, la corsisation des emplois existants, prévoit la mise sur pied d’une Charte de retour des exilés, l’instauration du bilinguisme, avec la promotion de la langue et de la culture corses, avec tous les moyens techniques qui y affairent. Cette lutte prévoit aussi la récupération des terres agricoles et touristiques pour une économie communautaire viable, au profit des jeunes Corses, ainsi qu’une politique de rénovation de l’intérieur.
Cette action adossée à la morale, imprégnée d’un sens aigu des responsabilités et aussi d’une détermination intransigeante, menée avec sang-froid en dehors de tout aventurisme, n’a d’autres buts que de faire triompher la justice et de lutter contre le colonialisme.
C’est ici que nous lançons un appel solennel à nos frères Corses que les vicissitudes ont conduit à exercer leur métier dans les forces de l’ordre, nous n’aimerions pas être affrontés à eux. Notre action ne constitue aucune menace contre les institutions, les chefs de clans et leurs fidèles, les partis et les militants, les personnes physiques et leurs biens matériels. Toute autre attitude ne peut relever que de la provocation pure et simple que l’ARC dénonce par avance et dont l’Administration porterait, seule, l’entière responsabilité.
L’ARC appelle tous ses militants, ses sympathisants, le Peuple Corse et tout particulièrement notre jeunesse intéressée au premier chef par cette action, à la rejoindre dans cette lutte d’émancipation et de progrès. » •
L’ARC, le 21 août 1975.











