Législatives en Corse

Analyse du scrutin dans les quatre circonscriptions

1re circonscription de Haute-Corse

Michel Castellani largement élu

 

Dans cette circonscription qui englobe la ville de Bastia, le Rassemblement national a réalisé un score inattendu de 28,8 % au premier tour, talonnant le député sortant et ses 31,74 %. Ce score effarant pour un candidat qui, durant toute la campagne, n’a pas mis les pieds dans la circonscription où il était candidat, a pris de court toutes les forces politiques, à commencer par celui qui se voyait dans la peau du challenger, Julien Morganti, éliminé au premier tour avec 14,4 % des voix.

Pour le second tour, la consigne de barrage au RN a été soutenue par le candidat LFI, Sacha Bastelica, mais pas par celui qui s’était pourtant affiché comme le « candidat de gauche » opposé au maire Femu a Corsica de Bastia, Pierre Savelli. Cette attitude tient à un calcul politicien basique : vouloir se montrer compatible avec le RN sur Bastia en vue des prochaines élections municipales. Ce calcul médiocre, éloigné de toute valeur démocratique face à l’extrême-droite, ne lui portera certainement pas chance à l’avenir.

En attendant, le second tour a été très favorable pour Michel Castellani qui rassemble sur son nom 64,33 % des suffrages, et qui est sorti en tête devant le RN dans la quasi-totalité des bureaux de vote de la circonscription.

À noter également le score riquiqui, 4,25 %, de Mossa Palatina et de son chef de file Nicolas Battini, malgré le soutien médiatique répété que lui assure la presse locale, particulièrement Corse-Matin. Son appel à voter RN au second tour aura achevé de le disqualifier.

Les reports des voix venant du candidat Core in Fronte et de la gauche unie ont été manifestement bons, tandis que le « candidat anonyme » parachuté à Bastia par le Rassemblement national n’a que très peu progressé entre les deux tours.

Au final, Michel Castellani a été largement réélu. •

 


 

2e circonscription de Haute-Corse

François-Xavier Ceccoli bat Jean Félix Acquaviva

 

Il y a deux ans, en 2022, Jean Félix Acquaviva l’avait emporté de justesse avec 156 voix d’avance seulement. Il était donc clair que sa réélection serait difficile. L’équation politique a été encore compliquée par l’irruption d’un score totalement inattendu du Rassemblement national, sorti troisième au soir du premier tour avec un pourcentage lui permettant de se maintenir.

François-Xavier Ceccoli a alors rejoint Éric Ciotti dans l’allégeance au RN et est allé demander le soutien officiel du parti de Marine Le Pen pour son élection. Ce soutien s’est traduit par le retrait de la candidate RN.

L’affaire s’est négociée directement à Paris, comme les déclarations de Jordan Bardella lui-même l’ont confirmé sans ambiguïté. La « candidate inconnue » du RN a appris, en écoutant sa radio, qu’elle avait retiré sa candidature et décidé d’appeler à voter Ceccoli au second tour. Un tel retrait, réalisé à trois reprises uniquement dans toute la France, avait pour but, selon Jordan Bardella, d’aider le RN à rassembler une majorité pour gouverner à Paris.

Devenu ainsi le « candidat masqué » du Rassemblement national, François Xavier Ceccoli a cependant continué à se revendiquer de la droite non affiliée au RN et a abusé de nombreux électeurs.

Malgré une belle « remontada » entre les deux tours contre celui qui, avec le report RN, capitalisait potentiellement 60 % des voix du premier tour, Jean Félix n’a pas pu « retourner » un nombre suffisant d’électeurs et a échoué avec 45,5 % des voix. Si l’engagement RN de FX Ceccoli avait été davantage connu des électeurs, sans doute JF Acquaviva aurait-il bénéficié de meilleurs reports et aurait pu l’emporter.

Mais les masques sont tombés, et Jean Félix pourra, à n’en pas douter, reprendre ce siège dans un futur proche. •

 


1re circonscription de Corse-du-Sud

Laurent Marcangeli porté par les désistements

 

Arrivé troisième au premier tour avec 16,84 % des voix, le candidat de Femu a Corsica, Romain Colonna, s’est désisté rapidement pour soutenir Laurent Marcangeli qui avait été devancé d’une courte tête par une autre « candidate inconnue » du Rassemblement national. Loin derrière, les autres candidats nationalistes, du PNC, 3,61 % des voix, et Core in Fronte, 4,61 %, ont eux aussi choisi de barrer la route au Rassemblement national, ainsi que le représentant de la gauche Nouveau Front Populaire (9,4 %).

Au-delà de ces reports, une dynamique s’est enclenchée, confortée par l’image désastreuse d’une candidate RN totalement étrangère à la Corse, inapte à en maîtriser les dossiers, que ses propres électeurs du premier tour étaient effarés de découvrir lors des débats organisés par les médias entre les deux tours.

Cette réélection de Laurent Marcangeli a finalement été acquise par une large avance au soir du second tour avec 63,2 % des voix. Elle conforte le processus de Beauvau pour lequel il a apporté un soutien sans ambiguïté et son élection permettra, avec celles de Michel Castellani et Paul-André Colombani, de continuer le travail réalisé depuis mars 2022 et le lancement du processus de dialogue. •

 


 

2e circonscription de Corse-du-Sud

Mobilisation générale autour de Paul André Colombani

Au soir du premier tour, Paul-André Colombani comptait neuf points de retard sur le candidat RN François Filoni, le seul des quatre candidats RN pouvant se revendiquer d’un ancrage local en Corse.

Dans cette circonscription pour partie ajaccienne, le député sortant était largement distancé dans la moitié de ville qui vote dans cette circonscription, le candidat FN y frôlant la majorité absolue (47,4 %).

Puis, entre les deux tours, il s’est produit une mobilisation générale pour empêcher que la circonscription ne bascule au Rassemblement national. Jean Battì Luccioni, à la fois soutenu par le camp Macron et par la gauche s’est désisté en sa faveur, ainsi que le candidat présenté par Core in Fronte. Dans l’Extrême Sud ses scores ont beaucoup progressé, mais c’est à Aiacciu que la remontée a été la plus spectaculaire, Paul André Colombani passant de moins de 20 % à plus de 50%, progression qui n’aurait certainement pas été possible sans l’implication personnelle de Laurent Marcangeli et de la mairie d’Aiacciu. Au bout de cette mobilisation générale, Paul André a réussi à renverser une situation qui apparaissait très compromise et a été réélu avec 59,21 % des voix. •