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Une autonomie au rabais ?

par François Joseph Negroni

 

Le résultat des votes de la délibération relative au projet d’écriture constitutionnelle montre le chemin parcouru depuis plus de soixante ans pour parvenir à un accord largement majoritaire autour de l’autonomie de la Corse. Certaines oppositions subsistent encore cependant – ce qui est une bonne nouvelle dans une démocratie – pour différentes raisons.

D’un côté de l’hémicycle, une partie de la droite n’a pas confiance en la capacité de la Corse à pouvoir légiférer sur sa terre, et c’est son droit le plus légitime. Nous continuerons de leur opposer notre confiance, en tant que peuple, à pouvoir créer des lois qui prennent en compte nos spécificités. Nous devons également toujours et avec force affirmer qu’une autonomie sans pouvoir législatif n’en est pas une.

D’un autre côté de l’hémicycle, la voix indépendantiste estime que le projet d’écriture constitutionnelle tel que proposé est « au rabais » et loin des attentes. Il me semble intéressant de nous interroger, collectivement, sur ce point.

 

Est-il réellement au rabais ? Plusieurs éléments de contexte et de réponse.

Tout d’abord, le contexte français. Ce texte est une avancée majeure dans l’histoire de la France jacobine, et il ne serait pas rigoureux de ne pas le reconnaître. Ce projet, tel que présenté, est une réelle bombe tombée sur les faucons de la république. Cela s’observe par le nombre de tribunes et autres interventions télévisées parlant de porte ouverte au communautarisme.

Ensuite, la notion de communauté et non de peuple. Effectivement, il n’est pas fait mention du peuple corse. Mais, au regard de la réalité historique et du rejet par le Conseil constitutionnel de cette notion, le fait d’inscrire dans la Constitution une communauté historique, linguistique et culturelle, est la définition même du peuple corse.

Enfin, et c’est peut-être le plus important, le pouvoir législatif. Ce pouvoir permettant de légiférer est explicitement mentionné, avec un transfert de certaines compétences et une progressivité plutôt souhaitable.

Peut-on réellement et rigoureusement parler d’autonomie au rabais lorsque la Corse pourra, demain, créer ses lois, construire son avenir ? Alors oui, le chemin est encore long et périlleux. Le passage au Parlement risque de dénaturer ce projet au risque de le rendre insignifiant. Sauf à ce que les parlementaires écoutent la démocratie, écoutent un peuple debout, qui affirme une volonté d’émancipation légitime. Si cela est respecté, alors oui, la Corse bénéficiera d’un premier outil majeur pour se reconstruire. Sans être une finalité, mais à considérer à la hauteur de l’Histoire. Car, quoi qu’on en dise, elle s’écrit sous nos yeux. •