On estime à 1,5M le nombre d’associations actives en France. Soit un budget total de 113Mds d’euros, environ 3,3% du PIB. 144.000 d’entre elles ont recours à de l’emploi salarié comptant 1,8M de travailleurs (1 salarié sur 10 du secteur privé). Ce n’est pas rien. Les associations reposent surtout sur 22,5M de participations bénévoles dans des secteurs clés de l’économie et de la vie en société, comme le secteur humanitaire, le social, la santé, les droits humains, mais aussi le sport, la culture, l’environnement, les loisirs…
Pourrions-nous vivre sans le secteur associatif ? Peut-on imaginer la société sans leur apport dynamique à l’économie, à la cohésion sociale, à l’environnement, à la démocratie ? Assurément non. Et pourtant il est grandement menacé. C’est le cri d’alarme lancé le 11 octobre dernier par 700.000 associations. 900 d’entre elles sont regroupées au sein de la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS).
La part des financements publics aux associations ne cessent de diminuer, alors que les besoins sociaux sont de plus en plus criants, avec une précarité grandissante. Les retards de paiement, qu’ils relèvent de l’État ou des collectivités, mettent aussi en péril leur trésorerie fragilisée.
La part des subventions publiques représentaient en moyenne 34 % des recettes budgétaires en 2005 pour l’ensemble des associations (75 % pour les secteurs humanitaire, culturel et sportif), elles ne représentent plus aujourd’hui que 20 % de leur budget, soit une baisse de 41 % en 20 ans !
Le 11 octobre, le monde associatif appelait à la mobilisation et plus de 300 actions ont été menées partout en France.
Avec seulement 20 % de subventions, c’est donc avant tout les recettes dégagées par leurs activités qui font leur équilibre budgétaire, sachant que les cotisations des membres (environ 7 % du budget estimé en 2020), et les dons et mécénats (5 %) restent limités. Par leurs activités, leurs réponses aux commandes publiques, les associations apportent une vraie dynamique économique au pays. Sans parler des causes qu’elles défendent et qui fondent la vie démocratique de la société. Parmi ces causes, l’aide aux plus démunis.
L’enquête de la FAS auprès du secteur associatif de la solidarité démontre à quel point ce dernier est « pris dans un étau entre, d’une part, une augmentation sans précédent de la pauvreté, et d’autre part, des financements de plus en plus incertains. Cela revient à accompagner plus de monde avec moins de moyens » explique la Fédération qui parle au nom de 900 associations et 2.800 structures qui accueillent et accompagnent les personnes en situation de précarité.
L’État et les collectivités locales confient une grande partie de la mise en œuvre des politiques publiques sociales aux associations. Imaginez la société sans elles. Imaginez par exemple les conséquences en Corse qui compte le taux de pauvreté le plus élevé des régions métropolitaines avec plus de 18 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté ?
« L’enquête de la FAS met en lumière une situation alarmante : une association sur deux voit sa situation financière se dégrader. Une association sur trois est menacée de disparition fin 2025 » résume l’enquête. Leur trésorerie est sous pression : « 24 % d’entre elles disposent de moins de deux mois de liquidités ». À cela s’ajoute « la précarité des financements : 58 % des associations n’ont aucune visibilité au-delà de douze mois. Une incertitude délétère qui empêche de construire des projets durables et compromet directement l’accompagnement des personnes les plus vulnérables ».
S’ajoute également une crise du travailleur social : « 60 % des associations constatent une hausse du turnover au cours des trois dernières années, révélant l’épuisement croissant des équipes et la difficulté de maintenir une continuité dans les missions ».
« Sans les associations, qui pour accueillir et accompagner les personnes en situation de vulnérabilité ? Sans travail social, qui pour maintenir les derniers liens de cohésion sociale ? » dit encore la FAS. Qui pour s’occuper des centres d’accueil et d’hébergement ? Qui pour accompagner l’insertion, la demande d’asile ? Qui pour défendre les droits de l’homme, les droits de la femme, les droits de l’enfant, la défense des animaux ? Qui pour lutter au quotidien contre la précarité ? Pour soutenir la vie dans les quartiers, dans le rural où 80 % des centres de loisirs par exemple sont confiés à des structures associatives ? Qui pour le soutien scolaire, les activités périscolaires ? Qui pour défendre le droit à la santé, lutter notamment contre les déserts médicaux ? Qui pour accompagner la lutte contre les addictions ? Qui pour soutenir la recherche, pour promouvoir la culture, les langues, l’éducation, les activités ludiques ? Qui pour la sauvegarde du patrimoine ? Qui pour accompagner les 17,2 millions de licenciés dans des clubs et associations sportives ? Qui pour défendre l’environnement, les droits de l’urbanisme ? Qui pour l’aide aux entreprises, pour soutenir la réinsertion professionnelle, pour l’accompagnement des projets et des démarches administratives ? Qui pour défendre les droits des consommateurs ? Qui pour accompagner le handicap, les personnes âgées, la petite enfance (20 % des 20.000 crèches sont de structures associatives) ?
Selon la Fondation des femmes encore, la baisse des subventions en 2025 aux associations pour la défense de femmes victimes de violences, équivaut à 6.200 femmes qui ne pourront pas être aidées. Concrètement, on les abandonne à leur triste sort.
La remise en cause progressive des subventions publiques affecte bien sûr en premier lieu l’emploi, avec notamment la baisse du nombre de contrats aidés. Or le secteur social, humanitaire et caritatif regroupe 31 % de l’emploi salarié associatif dont 45 % sont des CDI. « Il y a urgence à agir » déclarait le Conseil économique social et environnementale dans un rapport publié le 3 juin 2024. Avec les appels publics des Restos du cœur, des centres sociaux, des secteurs de l’éducation populaire, dans un contexte de crise et de hausse de l’inflation, « renforcer le financement des associations est une urgence démocratique » alerte le CESE.
Non lucratif, le monde associatif est davantage touché par la crise économique et l’inflation. D’autant que la baisse des subventions s’accompagne de hausse des charges non compensés, et de démarches administratives lourdes qui mobilisent jusqu’à 15 % des coûts de fonctionnement selon le témoignage d’une association employant 200 salariés, du fait de la « multiplication des appels à projets, des reporting, des contrôles, des frais bancaires ».
Une autre association explique la FAS, « a calculé que la non-compensation de l’inflation représente une perte équivalente à trois postes d’accompagnants sociaux par an ». Les missions sont directement affectées et on comprend que nombre de voix, comme le CESE, s’élèvent pour tirer une sonnette d’alarme.
La FAS demande la mise en place « à très court terme d’un mécanisme d’urgence de stabilisation financière pour les structures en grande fragilité ». Elle demande aussi la mise en place de « financements pluriannuels garantis », l’indexation des financements sur l’inflation « pour ne pas renforcer l’effet ciseau et compenser l’intégralité des revalorisations salariales obligatoires ». La FAS demande aussi la généralisation des avances de trésorerie et l’harmonisation des délais de paiement entre administrations avec un objectif de 30 jours maximum. Elle demande la poursuite des travaux concourant à l’attractivité du secteur social et médico-social, l’accompagnement des dynamiques associatives et le partage des compétences à partir des territoires.
Quant au CESE il fait aussi une vingtaine de propositions*, parmi lesquelles « l’augmentation significative des subventions de l’État et des collectivités territoriales », la mise en œuvre « d’une loi de programmation pluriannuelle de financement de la vie associative pour sa contribution à l’intérêt général », la possibilité de financer des projets à 100 % du coût économique, la notion de pluri-annualité des subventions en contraignant le respect des engagements, un délai de paiement ferme imposant le versement de 50 % du budget 60 jours après la notification et du solde 30 jours au maximum après l’envoi des justificatifs, la création d’un fonds national de mobilisation pour la vie associative, cogéré par des représentants des collectivités, de l’État et du monde associatif, etc.
En fait, on est devant un vrai choix de société : en avril dernier, et c’est presque cyclique, dans diverses tentatives parlementaires le groupe LR s’en était pris à l’Économie Sociale et Solidaire qui pèse 10 % de l’emploi en France et dont 80 % sont des structures associatives. Heureusement, ces tentatives tant au parlement qu’au sénat n’ont pas abouties.
Les associations sont un pilier du fonctionnement démocratique, de la cohésion sociale et de l’épanouissement culturel de notre société. Leur mise en cause n’est pas que financière ou budgétaire, c’est d’un modèle de société dont on parle : les logiques marchandes de l’ultralibéralisme ou la solidarité et le vivre ensemble. •
* www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Annexe/2024/2024_09_Financement_associations_synthese.pdf
Synthèse des résultats de l’enquête de la FAS
50,5 % des structures subissent une dégradation de leur trésorerie sur les trois dernières années
24,4 % disposent de moins de deux mois de liquidités
18,9 % ont connu des découverts bancaires
50,5 % subissent des retards récurrents tous financeurs publics confondus
17 % sont contraintes de négocier des facilités bancaires pour y faire face
58,3 % ont une visibilité inférieure à 12 mois sur leurs financements
44,3 % attendent plus de 120 jours pour le premier versement malgré une convention signée et des actions engagées
30 % des structures seront en situation critique d’ici la fin de l’année. •








