Il est des projets qui défient la logique, des décisions qui, par leur non-sens et leur obstination, en viennent à incarner l’inutile. Le téléporté d’Aiacciu est de ceux-là, et un inutile à plusieurs dizaines de millions d’euros, cela interroge. Depuis des années, ce projet est dénoncé comme une aberration financière, écologique et sécuritaire. Et pourtant, ceux qui le portent persistent, sourds aux critiques, imperméables à la contradiction, méprisant l’opposition pourtant constructive qui s’élève contre eux. Les ajacciens eux-même ne comprennent pas l’intérêt.
Le problème n’est pas seulement technique, budgétaire ou environnemental – bien que ces trois dimensions suffisent à démontrer l’impasse dans laquelle ce projet s’engouffre. Le problème est aussi politique. Nous sommes face à une gouvernance qui refuse le débat, qui méprise la contestation argumentée et qui préfère la caricature et l’attaque personnelle à la prise en compte des inquiétudes légitimes d’une part importante de la population.
Un projet aux coûts exorbitants
Pour rappel, Femu a Corsica, comme d’autres acteurs politiques et citoyens, n’a cessé d’alerter sur les incohérences du projet. Initialement estimé à environ 36 millions d’euros, le coût du téléporté pourrait augmenter de plusieurs millions supplémentaires. Cette dérive financière est d’autant plus préoccupante que la rentabilité du projet est incertaine, notamment en raison de l’incertitude sur le nombre d’usagers quotidiens et de l’adéquation du service aux besoins réels de la population.
Un impact écologique préoccupant
Au-delà des aspects financiers, l’impact environnemental du projet est également source de vives inquiétudes. La construction du téléporté nécessite des défrichements, notamment sur le mont Sant’Anghjulu, ce qui pourrait entraîner une perte de biodiversité et une modification du paysage naturel. Des préoccupations ont été exprimées concernant l’intégration visuelle du téléporté dans le paysage ajaccien, certains craignant une dénaturation de l’esthétique urbaine et naturelle.
Face à ces critiques, quel a été le choix de la majorité municipale et communautaire ? Non pas de répondre sur le fond, non pas d’expliquer en quoi ce projet serait viable malgré les évidences contraires, mais de se réfugier dans une communication méprisante, accusant l’opposition d’être contre Aiacciu, contre le progrès, contre tout.
C’est une vieille ficelle : quand on ne peut plus défendre un projet rationnellement, on attaque ceux qui le contestent. On dresse un homme de paille. On les accuse d’être réactionnaires, de manquer de vision, d’être enfermés dans une opposition systématique. Or, ici, il ne s’agit pas d’un combat idéologique. Il s’agit de poser des questions simples : à quoi sert ce téléporté ? Qui va réellement l’utiliser ? Quel sera son coût réel une fois en fonctionnement ? Pourquoi un tel entêtement face à une contestation argumentée ?
Un pays ne se construit pas sur le mépris de l’opposition, pas plus qu’il ne se bâtit sur des décisions unilatérales. Il se forge dans le débat, dans l’échange, dans la capacité à écouter et à ajuster les projets en fonction des besoins réels, et non des caprices ou des visions déconnectées du terrain. Ce que nous voulons pour Aiacciu, et plus largement pour la Corse, ce n’est pas un équipement inutilement moderne, imposé à marche forcée. Ce que nous voulons, c’est un pays qui se développe avec intelligence, en intégrant les contraintes de notre époque, en respectant son environnement, en tenant compte des véritables attentes de ses habitants.
À l’heure où tant de défis urgents nécessitent des choix clairs et cohérents, persister dans un projet aussi contesté relève de l’aveuglement. Les projets, le bilan, et l’emprunte laissée. Je ne suis pas convaincu que le téléporté d’Aiacciu fasse parler de lui dans les années à venir pour ses bénéfices. Au final, ce seront les Corses qui trinqueront. •








