Et dire que tout avait si bien commencé ! Malgré la situation sportive catastrophique cette saison, un Sporting Club de Bastia bon dernier avec seulement 7 points, le public était au rendez-vous pour fêter à la fois les 120 ans du club et son nouveau stade rénové par la communauté d’agglomération de Bastia. Pas loin des 13.000 spectateurs, une animation « de gala » offerte par les dirigeants, un superbe tifo dans les tribunes, des joueurs qui ont emballé la rencontre sous l’impulsion de leur nouvel entraîneur. Une belle fête ! Puis vint la 56e minute…
C’est la plus grande infrastructure de Corse, homologuée pour les grandes rencontres sportives, voilà des décennies qu’on l’attendait ! 47 ans après l’épopée européenne du Sporting (Etoile) Club de Bastia, 33 ans après le drame de Furiani – qui on ne le dira jamais assez, ne se serait jamais produit si Bastia avait eu un vrai stade – le Armand Cesari nouveau est une réussite ! Réalisé en 18 mois pour un coût total de 17,9 M€, financé par la CAB, l’État et la Collectivité de Corse, le chantier s’est terminé largement dans les délais prévus (22 mois) et sans dépassement de budget. Une prouesse quand on sait le passé auxquelles les gestions claniste et affairiste nous avait habitué par gabegies et scandales financiers successifs… C’est dire le sérieux avec lequel la rénovation qui avait été promise a été tenue par la majorité nationaliste. C’est à souligner.
Une page a été tournée par les dirigeants actuels qui font un travail remarquable pour structurer le poids de cette passion football à Bastia autour du maillot bleu. Leurs investissements personnels, le capital du club ouvert à la société (monde de l’entreprise, collectivités, employés, supporters) au moyen d’une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif), l’investissement des supporters à travers la démarche Socios, les institutions qui adhèrent à ce projet global et le soutiennent, donnant à la Corse toute sa dimension pour avoir le droit d’accéder à l’élite du football de haut niveau : Bastia a gommé l’image désastreuse que l’on a connue.
Reste que du côté d’une marge du public on continue à vivre dans un mythe de violence au mépris de l’ensemble du peuple bleu. On aurait voulu saboter la fête, on ne s’y serait pas pris autrement.
En plus de la couverture de ses quatre tribunes, de la reconstruction de l’emblématique tribune Est, de la bonne surprise de son éclairage dynamique, avec ses spots bleus et blancs plongeant véritablement les visiteurs dans « l’antre des bleus », de nouveaux équipements complètent cette rénovation : salle de séminaire, parking photovoltaïque pour alimenter le stade, brasserie, tribune de presse, etc.
De précédents travaux avaient donné le la, avec la grande boutique du club, les aménagements routiers et ferroviaires pour sécuriser l’accès au stade… D’autres suivront : aménagement de la fan zone, signalétique autour du stade, changement de la sonorisation et des sièges… Bref, le club et ses supporters peuvent se vanter de disposer désormais d’un équipement de premier plan pour travailler à la réussite sportive.
Le stade pourra accueillir d’autres rendez-vous sportifs comme le rugby, mais aussi des évènements culturels grandioses, donnant à Furiani, à la ville de Bastia et à toute la communauté d’agglomération une infrastructure de premier rang pour relever des défis organisationnels.
Le chantier s’est terminé à temps pour honorer les 120 ans du club. La fête était donc belle et les dirigeants avaient tout fait pour marquer les esprits à l’occasion de la venue du Red Star Football Club de Paris St-Ouen : I Chjami Aghjalesi en ouverture pour chanter le Diu vi Salvi Regina qui a résonné aux quatre coins du stade, une ouverture avec tous les jeunes du centre de formation venus saluer la tribune Petrignani, un spectacle de drones à la gloire du Sporting durant la mi-temps…
Les supporters s’étaient aussi investis avec un magnifique tifo en tribune Est, et la veille du match un spectacle en ville sur les rives du vieux port de Bastia.
Côté sport enfin, les joueurs semblaient prêts à arracher une victoire. Paris était d’ailleurs dépassé durant les 60 minutes de la rencontre, même s’il a manqué le but pour concrétiser la domination bastiaise, il y avait longtemps qu’on ne ressentait pas une telle prise en main sur le match de la part des bleus. C’est sûr, ils allaient l’emporter…
Et puis, est venue cette 56e minute et ce geste stupide, dangereux, et insupportablement méprisant pour l’ensemble des acteurs qui s’investissent au quotidien pour redonner au club son prestige d’antan. Un fumigène a atteint un joueur parisien. L’arbitre arrête la rencontre… elle ne reprendra pas.
Mais qu’est-ce qui s’est passé dans le cerveau de cet irresponsable pour créer les conditions d’un suicide sportif collectif ? Non seulement faire basculer la rencontre au profit des adversaires, mais exposer le club et les supporters à de lourdes sanctions (retrait de points, suspension de tribune, voire huis clos total…) et replonger dans une spirale négative au niveau sportif.
L’ensemble du stade ne s’y est pas trompé, à commencer par la populaire tribune sud, par de copieux sifflets et des applaudissements de colère en direction de la tribune Est. Mieux encore, la tribune Petrignani elle-même n’a pas assumé ce geste irresponsable. Des bousculades ont suivi dans la zone d’où est parti le fumigène, et la tribune a communiqué, rappelant les « semaines de travail, de sacrifices personnels, familiaux et financiers » consacrées à « offrir au Sporting et à son peuple, à ses anciens et à ses enfants, deux jours de ferveur et de fierté ». Elle dénonce un « acte isolé, injustifiable et incompréhensible » et refuse qu’il « entache l’investissement exemplaire de plus de 2300 Turchini présents dans ces nouveaux gradins ».
« Nous prenons aujourd’hui pleinement conscience qu’il n’est plus possible de continuer ainsi » disent encore les supporters de la Petrignani, « une évolution s’impose : chacun doit désormais assumer sa part de responsabilité »…
Quant aux Socios, ils dénoncent « un acte impardonnable » et vont jusqu’à dire que « celui qui ne marche pas dans l’intérêt suprême du Sporting marche seul et s’auto-exclut ». Ils appellent à « l’union sacrée entre toutes les composantes du club » et demandent aux dirigeants d’organiser une réunion publique pour parler.
Un mal pour un bien ? Souhaitons-le. La dernière et très importante composante du club doit enfin s’organiser pour contrer bien en amont ce type de comportement et se mettre au diapason des efforts consacrés depuis 8 ans. Il est temps de pleinement former tous les esprits à la construction positive entamée par dirigeants et soutiens autour du président Claude Ferrandi. •








