L’historien du sport Didier Rey, professeur à l’Université de Corse, publie aux éditions Midi-Pyrénéennes un nouvel ouvrage consacré à la victoire du Sporting Club de Bastia en 1981.
Le texte s’inscrit dans un format proche des Que sais-je ?, une cinquantaine de pages, et poursuit le travail entamé par l’auteur autour du sport corse et de sa mémoire. L’UMR LISA a d’ailleurs commandé plusieurs exemplaires pour organiser un événement autour de la parution.
La victoire de 1981 est rarement évoquée, contrairement à d’autres moments marquants de l’histoire du Sporting. Didier Rey constate qu’aucun autre ouvrage ne lui avait été consacré, alors qu’il existe, par exemple, le livre du regretté Jean-Raphaël Cervoni sur l’épopée européenne. Ce silence médiatique et commémoratif constitue le point de départ de sa réflexion ; pourquoi cet événement, pourtant majeur pour le football corse, est-il resté absent de la mémoire collective ?
Un ouvrage structuré en trois parties
Le livre s’organise en trois parties complémentaires, qui permettent de relire 1981 à la fois comme fait sportif, fait social et fait symbolique.
L’événement lui-même. La première partie restitue le déroulement de la victoire dans un style volontairement journalistique (à l’usu ghjurnalistu).
Didier Rey y rappelle les faits, les acteurs et le contexte sportif, en mettant l’accent sur la portée de cette réussite pour le club et pour la Corse.
Le Sporting devient alors le symbole d’une réussite collective, l’expression d’une identité locale affirmée à travers le sport.
Le sentiment de revanche. La deuxième partie s’attache au sentiment de « rivìncita », la revanche morale que représente cette victoire.
Elle montre comment le Sporting s’est intégré dans le champ sportif français, tout en portant une revendication de reconnaissance.
La victoire de 1981 est analysée comme l’aboutissement d’un long processus symbolique, mis en parallèle avec le contexte politique de la même année, notamment la campagne et la victoire de François Mitterrand. Les discussions et attentes autour de ces deux événements traduisent, selon l’auteur, un même espoir de changement et d’ouverture.
L’héritage et la portée. La troisième partie aborde l’après 1981 ; ce qu’est devenue cette victoire et ce qu’elle représente aujourd’hui pour le peuple corse. Didier Rey relie ce moment à 1978, qu’il décrit comme la première étape de la revanche corse (u 78 currisponde à a prima parta di sta rinvìncita), marquée par une prise de conscience collective et un sentiment de reconnaissance européenne, contraste avec le contexte français.
L’auteur observe que les années suivantes ont vu le sport perdre de son importance dans la société corse, parallèlement à l’émergence des tensions politiques, aux impasses du statut particulier et aux années dites de plomb (principiu di l’annate di piombu) ; les espoirs de 1982 ont laissé place à la déception et à un climat plus lourd, éloigné de l’enthousiasme du début de la décennie.
Pour Didier Rey, 1981 reste un moment essentiel de l’histoire du sport corse. Loin d’un simple exploit sportif, cette victoire représente une réussite collective impressionnante pour une petite île, un symbole d’unité et de fierté.
Le Sporting, rappelle-t-il, a toujours eu une dimension particulière dans l’imaginaire insulaire ; « U Sporting hè a squadra di u pòpulu corsu ». •
Petru Luciani.








