Jusqu’où l’aveuglement et l’improvisation vont-ils gouverner les États-Unis d’Amérique, première puissance économique et militaire du monde ? Ukraine, Gaza, libertés fondamentales, stabilité mondiale : trois semaines après l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, le monde est déjà en « alerte rouge ». Particulièrement l’Europe.
Le côté absurde de la gouvernance Trump, digne du roi Ubu, transparait à travers des provocations d’apparence futile, mais éloquentes des errements présents et à venir.
Par exemple, dans le fatras des décrets signés depuis le bureau ovale, avec le souci d’une mise en scène autocratique assumée, on trouve des décrets sémantiques pour rebaptiser des lieux symboliques. Ainsi Donald Trump a décidé que le Golfe du Mexique s’appellerait désormais le Golfe d’Amérique.
Ce n’est pas le seul lieu au monde où des puissances rivales tentent d’afficher leur domination en officialisant telle ou telle dénomination d’un espace maritime international. Ainsi, le Golfe de Gascogne des français est appelé Golfe de Biscaye par les espagnols et les anglais. Et ce n’est pas sans intention politique que les plus proches d’Israël dénomment la Palestine sous le nom de « Judée et Samarie ».
Mais là où l’influence de Trump doit nous inquiéter, c’est qu’elle peut aller très loin, en raison de la puissance américaine, pour imposer ses vues au reste du monde. En effet, le reste du monde vit la cartographie désormais à travers Google Maps, ou Apple Plans, géants américains de l’internet, si bien que la nouvelle appellation décidée aux États-Unis peut s’imposer de facto au monde entier.
De même, la plus grande agence de presse du monde, Associated Press, est américaine, et elle alimente la presse dans tous les pays du globe. Elle a décidé de limiter sa prise en compte du décret Trump à la dénomination américaine et de conserver à l’international la dénomination traditionnelle « Golfe du Mexique ». Ubu Trump se hérisse aussitôt et interdit aux journalistes d’Associated Press l’accès aux lieux indispensables à tout travail d’un journaliste suivant l’actualité de la Maison Blanche. Les mêmes intimidations sont lancées envers Google et Apple, menacés de sanctions pour ne pas appliquer le décret présidentiel américain car ils maintiennent les deux appellations aux USA, et ignorent l’appellation Trump ailleurs. Google a déjà reculé et a modifié ses cartes pour que les deux appellations soient affichées partout dans le monde.
Concernant l’Ukraine, les extravagances de Donald Trump sont d’une tout autre ampleur, et leurs conséquences sont potentiellement beaucoup plus dévastatrices. En court-circuitant l’Ukraine et l’Europe pour négocier en direct avec Vladimir Poutine, il s’immisce dans nos vies de citoyens européens en imposant ses vues. Là encore, c’est la puissance américaine qui lui en donne les moyens. La moitié de l’aide internationale qui a permis à l’Ukraine de tenir face à la Russie, en argent et en armes, vient des États-Unis, l’autre moitié venant de l’Europe au sens large, incluant la Grande Bretagne et la Norvège. Mais l’Europe ne peut se substituer à un retrait américain : elle n’en a ni les moyens financiers, ni les moyens industriels, ni les moyens militaires. Si les USA se retirent, l’Ukraine sera vaincue militairement. Et c’est cette réalité de la puissance américaine qui donne à Trump tout pouvoir pour négocier sans consulter personne.
À Gaza, c’est sans sourciller que Trump s’est prononcé pour un nettoyage ethnique de deux millions de palestiniens, afin de prendre possession de leur territoire et faire de Gaza une « riviera » paradis des promoteurs immobiliers.
Son projet pour l’avenir de l’Europe n’est pas plus réjouissant qui consiste à soutenir l’extrême-droite pour déstabiliser la vie politique de chaque pays et le projet européen dans son ensemble. Dans le bras de fer qui s’engage, mené à coups de décrets activant des droits de douane potentiellement dévastateurs pour les économies d’Europe, ses objectifs sont clairement affichés d’une expansion impérialiste à travers l’annexion du Groënland, et la volonté de mise sous tutelle de l’Europe dont les lois démocratiques gênent le « tout business » profitable aux majors américaines.
Ces trois premières semaines menées tambour battant par Ubu Trump au Capitole donnent à imaginer la situation qui en résultera dans quatre ans, quand se terminera son mandat. Au Canada, au Mexique, en Europe et ailleurs, il faut désormais s’inscrire dans la résistance, se coaliser, et engager la contre-offensive diplomatique et commerciale. •








