Le 14 mars 2025 marque la fin de la grève qui bloquait La Poste du secteur de Borgu depuis une dizaine de jours. L’intersyndicale STC-CGC et la direction de La Poste sont parvenues à un accord. Cependant, il est essentiel de comprendre les raisons ayant mené à ce mouvement social.
Dumè Corvi, délégué départemental STC, résume la situation en ces termes : « Nous ne réclamons pas une prime, pas un euro. Nous demandons des conditions de travail décentes. Pour quatre bureaux, dix agents en contact avec le public constituent un minimum. »
Depuis 2018, sur la base d’une analyse de rentabilité et d’efficacité appuyée par une intelligence artificielle, la direction de La Poste a décidé de réduire les effectifs en supprimant trois équivalents temps pleins (ETP). Ainsi, les effectifs auraient dû passer de 10,8 ETP à 7,8 ETP, ce qui a entraîné une pression accrue sur les agents en place.
Le recours aux CDD et à l’intérim a eu pour conséquence une instabilité chronique des effectifs. Les postes vacants ne sont pas remplacés et les agences pallient ces manques par des affectations temporaires.
Seuls les agents titulaires sont habilités à certaines missions. Faute de personnel suffisant, les agences ferment parfois sur des demi-journées entières, tandis que les intérimaires sont déplacés au gré des besoins.
Un cercle vicieux s’est installé : la baisse des jours ouvrés et le manque de personnel réduisent la fréquentation des agences, justifiant ainsi l’absence de création de nouveaux postes.
Une dégradation des conditions de travail. La direction justifie ces suppressions par une baisse du volume de courrier distribué. Pour les grévistes, cette analyse ne tient pas compte des nouvelles exigences du métier ni de l’intensification du travail.
La distribution du courrier a évolué. La livraison de colis, plus exigeante en temps et en logistique, a pris le pas sur celle des lettres. Le facteur ne se contente plus de déposer le courrier dans une boîte aux lettres ; il doit souvent rencontrer directement le destinataire.
Cette charge supplémentaire n’a pas été compensée par des moyens humains adaptés.
Le recul du service public. Dans le même temps, La Poste se désengage progressivement au profit du secteur privé. Certaines zones, comme le Cap, le Nebbiu, la Balagne ou le sud de la plaine, sont désormais couvertes par des prestataires externes. À Noël, La Poste loue un hangar privé pour stocker l’afflux de colis, une dépense surprenante pour une entreprise en recherche d’économies.
La direction affirme une baisse de 30 % d’activité pour justifier la suppression des postes. Pourtant, les grévistes dénoncent une politique qui crée elle-même les conditions de cette baisse d’activité, conduisant à la fermeture progressive des agences.
Les agents ont été soutenus par la population lors d’opérations escargot, où des automobilistes ont marqué leur soutien. Ce soutien est aussi venu d’élus soucieux de l’activité du service postal dans leurs communes et des emplois qui y sont liés, avec les quatre maires concernés en tête.
Après plusieurs jours de négociations, l’intersyndicale et la direction de La Poste ont trouvé un compromis :
– l’attribution de deux postes supplémentaires sur les trois demandés,
– la mise en place, avant fin juin, d’un audit sur le back-office afin d’évaluer réellement la charge de travail et d’ajuster les effectifs,
– l’implication des syndicats dans cet audit.
Néanmoins, des incertitudes demeurent, notamment quant à l’avenir de certains bureaux, qui pourraient être transformés en agence postale communale (APC). Dans ce cas, la gestion de l’agence serait confiée à la mairie ou à un facteur-guichetier cumulant plusieurs missions. Cette évolution inquiète les agents, car elle marquerait la disparition progressive des agences telles qu’elles existent aujourd’hui, au profit de structures aux missions et aux effectifs réduits. •
Pierre Luciani.








