Noëlle Vincensini, héroïne de la Résistance, déportée à 17 ans à Ravensbrück, après avoir été torturée, revenue des camps à la Libération, engagée dans l’intelligentsia progressiste française avec son mari, l’écrivain cévenol Jean Pierre Chabrol, engagé dans les combats occitans, elle-même militante de l’émancipation du peuple corse avec une force d’engagement jamais démentie, puis, alors que le nationalisme corse était gangréné par des dérives racistes dans une partie de sa clandestinité, créatrice du collectif Avà Basta contre toute forme de racisme et de xénophobie.
L’engagement de Noëlle n’était pas que celui d’une signature au bas d’une tribune. Il était au quotidien, sur le terrain, dans les manifestations culturelles, pour soulager les plus démunis, en tenant les permanences quotidiennes d’Avà Basta, et tant d’autres activités militantes que rien ne décourageait.
Son engagement culturel a été particulièrement fort dans le cinéma. Avec Dumè Gambini, elle a été à l’origine de la création de Sinemassoci, qui regroupait les pionniers corses d’un cinéma balbutiant, dont les héritiers directs sont ceux qui aujourd’hui figurent en bonne place au box-office des films français avec des succès salués dans des festivals prestigieux.
Noëlle a notamment réalisé des documents ethnographiques émouvants, témoins irremplaçables d’une époque où les anciens nous ont légué, de vivant à vivant, les rites, les traditions et les émotions culturelles d’un peuple corse séculaire qui renaissait après avoir été jeté dans l’oubli durant des décennies.
Ainsi, le film Da fassi una spulindata, projeté sur l’écran de la salle Maistrale de Marignana, grâce au concours de Jean Pierre Mattei, le fondateur de la cinémathèque de Corse, à l’occasion de l’hommage porté à sa mémoire par l’Associu Scopre présidée par Paul Ceccaldi, retrace tous les gestes qui de la cueillette de la châtaigne, son séchage dans i grattaghji, son écalage pour en enlever les deux peaux impropres à la consommation, le tri des meilleurs fruits avant de les porter au moulin. Et notamment le témoignage du maître du moulin de Cùtuli è Curtichjatu, Francescu Padovani, faisant revivre le temps de ce documentaire une personnalité exceptionnelle qui a fait partie de ces militants infatigables et inébranlables à qui l’on doit le renouveau culturel et politique du peuple corse.
Puis tous ceux qui, selon la recette ancestrale, réalisent la pulenda, nourricière de la Corse des siècles passés, o i pani castagnini, dans une ambiance conviviale comme la connaissait a Corsica di prima.
L’Associu Scopre de Marignana s’inscrit dans cette tradition de tramandera et d’authenticité. Chaque fois que nous nous retrouvons à Marignana, au plus profond de l’Intérieur de la Corse, nous respirons le même air, le même souffle, le même élan que celui que Natale Vincensini a filmé il y a un demi-siècle. Le public a vraiment apprécié. •








