L’année 2025 marque les 50 ans de l’un des évènements fondateurs du nationalisme corse : les évènements de la cave d’Aleria. L’année 1975 a marqué un tournant dans notre Histoire, et les 50 ans de cet évènement font émerger des initiatives pour valoriser le sacrifice et les parcours des militants de cette époque. Sampieru Mari, secrétaire général de l’association Aleria 75, a répondu à nos questions sur ce projet.
Cette initiative a pour but la création d’un lieu de mémoire en tant que tel. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette idée ?
Il faut savoir que ce projet est porté par l’association qui représente la voix des anciens militants de ces événements. Il n’a aucune volonté partisane et ne représente aucun parti. Concernant l’idée du projet, aujourd’hui, en Corse, il n’y a pas forcément d’endroits où l’on peut retrouver ces éléments qui font référence à cette période contemporaine de l’histoire Corse. L’idée serait donc de créer, à l’endroit où se situe la cave, qui est un lieu très symbolique, un espace de mémoire didactique.
Le projet s’organiserait autour de trois axes : développer des éléments didactiques, c’est-à-dire des outils sur place sous forme de panneaux et autres supports. L’objectif est de permettre aux visiteurs d’apprendre l’histoire, de la diffuser et de la transmettre. Il ne s’agit pas seulement du déroulé des événements, mais aussi de replacer Aleria dans une période plus large, puisqu’elle est à la fois une finalité et le début de quelque chose d’autre.
Le deuxième axe est un axe mémoriel. Bien sûr, il faut parler de l’Histoire, mais il s’agit aussi de rendre hommage à ceux qui ont sacrifié leur vie pour la Corse, pour sa population et pour ses intérêts. Nous voulons rendre hommage aux générations de militants en évitant de centrer les hommages sur des individus précis. L’idée est plutôt de permettre à ceux qui le souhaitent de se reconnaître dans cette démarche ou d’y reconnaître leurs proches.
Enfin, le troisième axe est bien sûr la commémoration des 50 ans. Il s’agit de marquer l’événement, mais ce qui est fondamental, c’est la création d’un lieu de mémoire pérenne. La commémoration est un moment important, mais l’espace de mémoire, lui, restera. Donc la commémoration des 50 ans est un peu une « excuse » pour ce projet.
Jusqu’à présent, il n’y avait pas eu d’initiative à proprement parler autour de la création d’un lieu de mémoire, en dehors de l’installation que l’on connaît tous devant la cave. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Pensez-vous que ce projet répond aux besoins de témoignage actuels ?
Si cela répond aux besoins, c’est difficile à dire maintenant, car le projet n’est pas encore abouti. Mais nous allons dans ce sens. Il n’y avait pas vraiment de lieu de mémoire digne de ce nom pour cette période. Malheureusement, certains éléments patrimoniaux ont disparu et, aujourd’hui, en dehors de la stèle sur place, il n’y a pas grand-chose de visible. Or, il faut aller au-delà de ça.
Quant à la question de pourquoi cela n’a pas été fait avant, je pense que, lors d’un événement historique, on ne prend pas toujours conscience immédiatement de son importance. On réalise son caractère historique bien plus tard, parfois même après plusieurs décennies.
Les 50 ans sont un cap symbolique, une occasion de réfléchir en profondeur et de créer quelque chose qui n’existait pas jusqu’à présent. La démarche ne commence pas totalement aujourd’hui, puisqu’il y a eu la création de l’association en 2014 par des militants de l’époque, notamment pour les 39 ans des événements. Mais c’est vrai que les 50 ans ont une portée différente, surtout dans le contexte actuel, où les besoins patrimoniaux, historiques et de transmission sont plus pressants. Il y a une certaine urgence, car les acteurs de cette période se font de plus en plus rares.
Avez-vous des idées concrètes sur ce que pourrait être ce lieu de mémoire ? Cela dépendra-t-il des dons, qu’ils soient financiers ou mémoriels ?
L’objectif serait d’investir un espace au niveau du site de la cave Depeille, car c’est le site historique qu’il faut mettre en valeur. Ce que nous envisageons, c’est d’aménager cet espace pour en faire un lieu de mémoire.
Ce lieu tournera autour de deux idées : un aspect symbolique, pour un hommage aux générations de militants à travers des évocations de la période sous forme iconographique ou sculpturale. Ensuite, un parcours didactique : Dans un premier temps, il prendrait la forme de panneaux explicatifs retraçant les événements et leur contexte. Nous voulons qu’il reste une trace écrite et accessible de ce qui s’est passé et des raisons qui ont mené à ces événements.
Ce projet est évidemment militant, mais, concernant l’aspect historique, avez-vous prévu d’impliquer des historiens ou des chercheurs ?
Pour réaliser ce travail, nous nous baserons essentiellement sur les témoignages de ceux qui ont vécu les événements. C’est donc au sein de l’association que seront prises les décisions sur le discours porté sur le site. L’objectif est de donner la parole aux acteurs eux-mêmes. Cependant, nous n’excluons pas de collaborer avec des historiens ou des universitaires ayant étudié cette période.
Enfin, quels sont vos besoins pour mener à bien ce projet ?
L’association est actuellement en phase de collecte. Nous avons besoin de plusieurs types de contributions :
1. Des témoignages et documents : si des personnes possèdent des informations inédites ou souhaitent témoigner, nous sommes là pour les écouter et archiver leurs récits.
2. Des éléments matériels : des objets, écrits ou archives liés à la période que l’on pourrait conserver ou exposer.
3. Un soutien financier : c’est un aspect crucial. Nous souhaitons limiter autant que possible le recours aux subventions et privilégier une démarche de financement participatif. Toute personne souhaitant contribuer, même modestement, pourra ainsi apporter sa pierre à l’édifice.
Chaque donateur, quel que soit le montant, participera concrètement à la création du futur espace de mémoire. •









