Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2918

da l'8 à u 14 di ghjennaghju di u 2026

Dominique Bucchini

Une certaine idée de la Corse

Bucchini

le 08/01/2026

Par François Joseph Negroni

Il y a des morts qui ferment un chapitre, et d’autres qui obligent à relire tout le livre, pour comprendre ce qui, lentement, s’est déplacé. Ce qui s’est perdu aussi. La disparition de Dominique Bucchini appartient à cette seconde catégorie. Elle ne provoque pas le tumulte. Elle installe un silence. Un silence dense, presque grave, qui interroge notre rapport à la politique, au pays, au temps. Dominique Bucchini s’en est allé, et emporte avec lui une certaine idée de la politique, et peut-être plus important encore, de l’Homme politique.

Nous n’étions pas du même camp. Nos chemins idéologiques n’étaient pas les mêmes, nos
références souvent éloignées, parfois opposées. Mais Dominique Bucchini appartenait à une génération d’hommes politiques comme on n’en fait plus. Il était de ceux pour qui l’engagement ne relevait ni du calcul ni de la mise en scène. La politique, chez lui, était une charge à porter, presque un fardeau, assumé avec gravité et constance. Une responsabilité qui s’enracinait dans un lieu – Sartène –, dans une mémoire collective, dans cette histoire corse faite de luttes, de résistances et de fidélités silencieuses.

Dominique Bucchini appartenait à ce temps où la politique se faisait encore avec des mots pesés, parfois empruntés aux proverbes, souvent chargés d’une sagesse populaire que l’on n’apprend pas dans les écoles, ses prises de parole étaient mesurées, parfois lyriques, mais toujours portées par des idéaux de dialogue et de compromis. Chez lui, la langue était un ciment, pas un folklore. C’était un lien. Une manière d’être au monde. Il savait qu’il n’y a pas de peuple sans langue, et que perdre sa langue, c’est indéniablement se perdre en tant que peuple.
Lorsqu’il exerçait les plus hautes responsabilités institutionnelles, il le faisait avec une conception exigeante de la démocratie. Une démocratie vécue comme un exercice parfois rude : le respect des divergences, la confrontation des idées, la courtoisie dans le désaccord. Il rappelait sans cesse que la légitimité populaire impose des devoirs avant d’accorder des droits, et que la responsabilité collective n’est jamais abstraite. Son parcours est marqué par le refus des renoncements faciles. Refus de la spéculation foncière et immobilière qui défigure la terre. Refus de « l’argent roi » qui transforme les territoires en marchandises. Refus des compromissions qui abîment lentement les peuples. Il avait fait un choix ancien et assumé : celui du temps long contre l’immédiateté, de la nature contre le béton, de l’intérêt général contre les profits rapides. Ce choix lui a valu des combats difficiles, parfois solitaires, mais il ne l’a jamais renié.

Mais Dominique Bucchini ne se résume pas à un itinéraire politique. Ceux qui l’ont connu parlent aussi d’un homme de présence. Un homme qui savait écouter. Un homme capable de fermeté, d’autorité mais sans aucune arrogance. Il avait ce regard malicieux, ce sens de la repartie, cette manière très corse de mêler gravité et ironie, profondeur et simplicité. Il appartenait à une génération façonnée par la mémoire de la Résistance et par l’idée que la Corse devait rester fidèle à elle-même pour rester debout. Une génération pour qui la politique était indissociable d’une morale. Une génération qui ne demandait pas la permission d’exister mais qui existait.
Sa disparition marque aussi celle d’un style. Un style où l’on pouvait être en désaccord sans être ennemi. Où l’on pouvait défendre âprement ses idées sans renoncer au dialogue. Où l’on cherchait à bâtir des ponts là où tant d’autres préfèrent désormais ériger des murs. Dans une Corse souvent fracturée, il s’efforçait de maintenir un fil, parfois fragile, mais toujours sincère.

Les hommes comme Dominique Bucchini ne laissent pas seulement un bilan. Ils laissent une empreinte. Une manière d’être en politique. Une certaine idée du service rendu. À l’heure où tout s’accélère, où l’image supplante trop souvent la pensée, son parcours nous rappelle que la politique peut encore être une affaire de profondeur, de patience et de courage.
Il n’était pas des nôtres, mais il était des nôtres, car il était de ce pays, notre pays.
À sa famille, à ses proches, à toutes celles et ceux qu’il a marqués par son engagement et son humanité, vont nos pensées sincères.
La Corse perd un homme.
Et avec lui, un peu du temps long.
Ripusate in santa pace, Sgiò Presidente. •

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