Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2898

da u 17 à u 23 di lugliu di u 2025

U mo parè

Une ligne s’est déplacée

Kanaky Corse

le 16/07/2025

Par François Joseph Negroni

Il s’est passé quelque chose, et peu l’ont vraiment mesuré. Le 12 juillet 2025, dans un silence presque feutré, la République a reconnu un fait majeur : la Nouvelle-Calédonie pouvant devenir un État calédonien. Ce terme, que l’on croyait politiquement inacceptable, juridiquement improbable et symboliquement tabou, a désormais franchi un seuil. Un État, au sein de la République, avec sa citoyenneté propre, ses institutions en devenir, son drapeau, son droit, sa capacité à nommer, à orienter, à définir son cap. Une ligne s’est déplacée, et avec elle, un certain équilibre de la relation entre la France et ses peuples périphériques.

Cette avancée ne règle pas tout. Elle ne résout ni les déséquilibres économiques de la Kanaky, ni les blessures mémorielles profondes, ni les tensions politiques de fond qui traversent la société calédonienne. Mais elle acte un principe qui, jusqu’ici, restait à l’état d’intuition ou de revendication : un peuple, sur le territoire de la République, peut être reconnu comme sujet politique à part entière. Non plus objet de gestion, ni simple partenaire dans une décentralisation à géométrie variable, mais porteur légitime d’une volonté collective. Un peuple peut vouloir se construire un avenir propre, dans un cadre négocié, mais sans renoncer à lui-même. Ce que l’accord du 12 juillet offre à la jeunesse calédonienne, c’est moins une victoire qu’un champ des possibles. Une possibilité nouvelle : celle d’un avenir qui ne soit pas hérité, mais pensé, voulu, construit.

Et nous, en Corse, que faisons-nous de cette ouverture ? Depuis 2015, les nationalistes sont au pouvoir. Cela fait bientôt 10 ans qu’un peuple, par le vote, a exprimé une aspiration claire, constante, démocratique. Dix ans que la majorité territoriale, reconduite à chaque élection, repose sur un projet d’émancipation politique. Cela ne relève plus du combat minoritaire, ni du cri dans le désert. Cela relève d’un fait démocratique majeur : un peuple a choisi, librement, une voie d’autonomie. Et ce choix, aujourd’hui, n’appelle pas une faveur, mais un respect.

Car l’autonomie n’est pas une utopie lointaine. Elle est devenue, à travers le processus de Beauvau engagé entre la Corse et l’État, une négociation possible, visible, balisée. Elle peut — si la volonté politique suit — déboucher sur un statut d’ici la fin 2025. Ce ne sera pas une fin. Ce ne sera pas une solution à tout. Mais ce pourrait être, comme pour la Kanaky, le moment où une génération cesse d’attendre, pour enfin décider. Décider de ses politiques publiques. De ses priorités. De ses équilibres. De son avenir.

Cela suppose une chose essentielle : transmettre à notre jeunesse un projet structurant. Non pas une identité figée, ni une nostalgie mise en vitrine. Mais un récit d’avenir dans lequel elle puisse se reconnaître et s’engager. Aujourd’hui encore, trop de jeunes Corses sont condamnés à choisir entre l’exil et la résignation. Trop de voix s’éteignent faute de perspective claire. Trop de compétences s’usent dans l’indifférence. Et pourtant, ce que l’on perçoit, ici ou là, dans les villages, dans les lycées, dans les formations, dans les cercles militants ou les lieux de création, c’est un besoin de cadre, de sens, de levier. Ce désir d’engagement n’a pas disparu.

Ce cadre, nous devons le construire. Il devra reposer sur une école qui parle de la Corse sans enfermer, sur une économie qui donne droit de cité aux talents locaux, sur une politique du logement, de la terre, du transport, de la culture, pensée comme un tout, articulée, stratégique, lisible. Il ne s’agit plus d’additionner les dispositifs. Il s’agit de penser le pays comme une réalité à organiser. Et d’assumer, enfin, la question fondamentale du pouvoir : qui décide ? Et pour quoi faire ?

Rien ne se fera sans institutions fortes. Sans société civile active. Sans rupture avec les simulacres de gouvernance. Mais rien ne se fera non plus sans cette jeunesse qui incarne, aujourd’hui, la part la plus fragile et la plus puissante de notre avenir. Ce n’est pas à elle de porter seule le poids d’un héritage fragmenté. C’est à nous de lui donner les outils d’un commencement réel. L’autonomie ne sera légitime que si elle transforme les conditions concrètes de l’existence. Que si elle redonne du sens au fait de vivre, de rester, de créer ici. Que si elle fait de l’ancrage un choix, et non un enfermement. Que si elle fait de l’avenir autre chose qu’une hypothèse désabusée.

Alors oui, une ligne s’est déplacée. Et si nous savons la voir, si nous savons la saisir, elle peut devenir un seuil. Non pas un seuil pour copier ce qui se fait ailleurs. Mais un seuil pour honorer ce que nous avons déjà choisi, ici, démocratiquement, lucidement, patiemment : celui de devenir pleinement responsables de nous-mêmes. •

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