Ce mardi 29 avril, François Rebsamen, ministre de la Décentralisation et de l’Aménagement du Territoire, en charge du dossier corse, va réunir, dans un format proche de celui que Gérald Darmanin avait constitué, le comité stratégique dont les travaux ont débouché sur l’accord de Beauvau, il y a un an et deux mois.
Cette interruption de 14 mois est en fait une éternité pour un processus politique. Mais le fil n’est pas rompu, et que le cours du processus reprenne aujourd’hui est un fait politique positif.
Les bouleversements politiques survenus depuis juin et juillet 2024, élections européennes désastreuses pour la majorité présidentielle, dissolution impromptue de l’Assemblée nationale, puis résultats électoraux conduisant à une instabilité gouvernementale systémique, nomination puis chute du gouvernement Barnier, jusqu’à la formation du gouvernement actuel de François Bayrou maintenu en place grâce à l’adoption d’un budget pour la France : six mois durant, il était impossible d’aller de l’avant. Mais depuis deux mois, chacun attendait impatiemment un redémarrage effectif du processus de dialogue entre la Collectivité de Corse et l’État.
Les discours avaient été plutôt rassurants, en décembre par Emmanuel Macron, qui est à la base de toute proposition de réforme constitutionnelle, quand il était en Corse à l’occasion de la venue du Pape François à Aiacciu, puis par le gouvernement de François Bayrou en tribune de l’Assemblée nationale. Mais il était important qu’un acte concret manifeste enfin, dans les faits, la reprise du processus interrompu.
Quelle réforme constitutionnelle pourra être lancée dans la foulée de ce comité stratégique ? De toutes façons, si espoir il y a d’arriver au terme de la réforme promise, il devra renaître lors de cette réunion. Car le calendrier s’est désormais resserré depuis janvier, et il est plus que temps d’entrer en action.
D’abord à l’Assemblée nationale qui doit examiner le dossier corse et donner un premier avis. Les parlementaires ont mené un voyage d’études qui a permis de conforter l’espoir d’une majorité large. Aux soutiens d’Emmanuel Macron qui constitueront un socle de base quand la réforme constitutionnelle sera engagée par le chef de l’»tat, s’ajouteront le groupe Liot, les Écologistes et, Eric Coquerel leur leader l’a encore confirmé la semaine dernière, le groupe de La France insoumise. Des incertitudes demeurent au sein du Parti socialiste et du Parti communiste. Cependant une large majorité reste possible à l’Assemblée nationale malgré les 120 députés du Rassemblement national de Marine Le Pen.
Au Sénat, les choses sont moins favorables, car le club des Jacobins trône à la présidence grâce à la droite classique « Les Républicains ». Cependant, cette majorité n’est pas monolithique, et le groupe des centristes, où siège Paulu Santu Parigi, a marqué son désaccord avec la ligne « Retailleau », mettant en minorité l’activisme de ceux qui voulaient étouffer dans l’œuf la réforme du statut de la Corse.
Mais la culture jacobine est une donnée transversale de la vie politique en France, et elle se retrouve aussi dans les groupes de gauche du Sénat, socialiste ou communiste. Cependant l’absence au Sénat d’un bloc du Rassemblement national comparable à celui qui existe au Palais Bourbon fait que l’équation politique reste possible. D’autant plus que les sénateurs, au moment où ils voteront, devront se prononcer après un vote positif préalable de l’Assemblée nationale, sur un texte proposé par le Président de la République. Entretemps, les Corses seront eux aussi consultés selon les termes de l’accord de Beauvau. Entre mettre en avant une sensibilité personnelle, et prendre la responsabilité de censurer un processus politique destiné à garantir la Paix en Corse, porté par le président de la République, voté par les députés, et approuvé par referendum en Corse, il y a un fossé !
Le passage est étroit, mais il existe pour aller, dès cette année, vers l’autonomie de la Corse.
C’est à l’aboutissement rapide de ce processus que la réunion du 29 avril 2025 doit mener. Nous serons donc extrêmement attentifs à son déroulement et à ses conclusions.
Car le temps est compté. Chaque échéance, désormais, est capitale ! •








