Arritti rivene nant’à i messagi di a manifestazione di u 15 di nuvembre 2025 in Aiacciu è Bastia*. Quì, l’intervenzione in Bastia di Ghjuvan’Francescu Bernardini, di I Muvrini è a Fundazione Umani, membre di a Cuurdinazione antimàffia.
«Surelle è fratelli di Corsica,
Jusqu’à il y a quelques temps, c’était le mot que l’on ne prononçait pas en Corse. A màffia.
Définition du dictionnaire : union secrète de personnes de tous grades et toutes sortes qui s’entraident sans respect pour la loi et pour la morale.
Définition juridique : organisation criminelle, verticale, horizontale, triangulaire ou circulaire, comme vous voulez, dans laquelle les associés recourent à des intimidations, des menaces, des meurtres, et toutes sortes d’actions criminelles pour obtenir des permis, des concessions publiques, acquérir le contrôle d’activités économiques, entrepreneuriales et financières.
Comme tout le monde le sait, cela n’existe pas en Corse.
Le scientifique chercheur, fondateur de l’Observatoire archéologique international de la mafia, écrit : « les mafias existent depuis un siècle et plus en Italie, c’est parce que nous avons été dans le déni, le non-nommé, qu’elles ont prospéré et sont devenues ce qu’elles sont aujourd’hui ».
D’autres ici encore nous invitent à débattre pour savoir s’il faut nommer cela un feu, un foyer ou un incendie ? Faire disparaître les réalités en supprimant les mots.
Les collectifs antimafias, des hommes et des femmes politiques conscients des réalités, les institutions référentes, des associations, des citoyennes, des citoyens, cette nouvelle alliance est une réalité. Un’unità pè a vita. Une unité pour la vie.
Cette alliance, cette résistance nouvelle, invente une force, l’intelligence collective de se mettre debout ensemble. En larmes quelquefois, mais debout.
Là où elle règne la mafia impose la mort brutale, celle que l’on découvre le matin à la Une de notre actualité. Là où elle règne, la mafia impose aussi une autre mort. La mort lente, quella chì tomba à pìcculu focu, qui instaure la peur. Une peur, un silence, qui sont politiques.
Avec la peur, il y a cette troisième langue de la Corse. A lingua maffiosa. La langue mafieuse que nous devinons, que nous comprenons tous, d’un regard, d’un mot, d’une menace, d’un incendie, d’une visite dans un commerce, la nuit, le jour. A lingua maffiosa, chì brusgia a cunfidenza, qui déchire les liens. Ne plus savoir à qui l’on parle dans la vie de tous les jours, dans la rue, autour de nous.
Jusqu’en 2025, nous n’avions pas trouvé les forces de nous rassembler par centaines, et aujourd’hui quelques milliers, pour dire notre dégoûts.
Les enfants sont des gens sérieux. Les enfants deviennent ce qu’ils voient autour d’eux. Ils nous observent. Ils nous demandent quelquefois dans les collèges : pourquoi Monsieur on ne l’arrête pas celui qui a assassiné le père de Marcellu o di Francescu ? Ils nous demandent aussi : Monsieur est-ce que vous pensez que dans 20 ans, il y aura eu encore 450 victimes de plus ? Ils nous diront un jour : è tù o Bà, ch’hai dettu ? Ch’hai fattu tandu ?
450 victimes dit ce lycéen, ce n’est pas par hasard.
De 2004 à 2019, la Corse a vécu 451 homicides ou tentatives. 159 restent non élucidés à ce jour. Ceci n’est pas une statistique, c’est un scandale d’État. C’est non-assistance à société en danger.
Jusqu’en 2025 nous n’avions pas trouvé les forces parce que par trop d’impunités, de non-lieux, l’absence de vérité juridique, de courage politique et institutionnel, la mafia a su nous imposer la pire loi de plomb que nous puissions subir : la criminalisation automatique de toutes les victimes. Si tu tombes en Corse sous les mains de mafieux, tu tombes dans le vide. C’est ainsi qu’on nous a fait avaler le récit pasteurisé des crimes mafieux, la négation des traces et de l’empreinte mafieuse.
À toute victime de mort violente, on réserve le sort d’être salie, souillée, déshonorée. S’ellu hè mortu hè chì ci era qualcosa. On ne peut plus distinguer le coupable de la victime, on enterre les morts, et on enterre les meurtres. C’est le crime parfait.
Demain la même rumeur s’abattrait sur chacune et chacun d’entre nous ici, qui subirait le verdict des tribunaux itinérants des mafieux. La rumeur tient ici le même statut que la vérité. Una vergogna. In Corsica, la mafia fournit la preuve que la mafia n’existe pas. Un comble !
Les effets pervers sont encore plus graves. Cela jusqu’à ce jour empêchait et détruisait la réaction citoyenne, a risposta di u pòpulu. Qui oserait sortir dans la rue, avec le portrait d’un homme ou d’une femme dont la rumeur a déjà sali la mémoire et la dignité ? Quelle famille oserait crier sa douleur, alors que la rumeur impose à tous le doute, les soupçons, et un comble, la victime co-responsable de sa mort.
Au final la mafia serait donc utile à la société.
Dans la peur et la souffrance, parmi tant d’autres qui souffrent en silence, une femme écrit : « il me reste encore une balle dans le dos, très près de la moelle épinière. Les médecins me disent que je dois vivre avec. Il y a des jours où la douleur est tellement intense que je me demande jusqu’à quand je pourrais supporter l’insupportable. J’ai 13 cicatrices sur le corps qui me font penser à vous, assassins de mon époux, chaque fois que je m’habille ».
En instaurant sa loi de mort, la mafia a pu instaurer en Corse non seulement la destruction des victimes et de leur dignité, mais aussi la destruction des témoignages, des protestations, des traces, la destruction de la mémoire des assassinats. Un effacement par l’intimidation, par une nouvelle commodité. La jeunesse corse serait dit-on fascinée par les voyous. La jeunesse corse mes amis n’a qu’un problème parmi tant d’autres, être entourée de trop de mauvais exemples et de mauvaises pratiques du monde adulte qui fait la Une.
Un effacement par l’oubli et le divertissement. On en fera des séries télévisées. Distraction et nonchalance au programme !
Ce combat la mafia l’avait gagné jusqu’à ce jour en nous disant, aucun d’entre vous ne portera témoignage, aucun d’entre vous n’élèvera la voix sur la place publique. Oghje quì in Corsica pisemu a voce. Nous levons la voix. Nous levons nos présences. Aujourd’hui avec ce petit pas, ce petit début d’isula bianca, nous commençons à sortir de ce tunnel. Ghjè una vittoria. Nous sortons du camouflage verbal qui consistait à nous rendre spectateur impuissant, résigné.
Surelle è fratelli di Corsica, nous n’allons pas pointer les absences des uns ou des autres en ce 15 novembre. Demain et chaque jour nous allons les inviter à nous rejoindre, à rejoindre cette longue marche que nous devons à la Corse, à notre société, à nos enfants. Una resistenza nasce. Ìsula ferita, ma ìsula lìbera, ìsula chì si pesa.
Fratelli è surelle, en Amérique du Sud, il y a une tradition de lutte pour plus de justice et de vérité, quand une vie est arrachée, le peuple se rassemble autour des familles des victimes. La victime est morte mais elle donne la force, la volonté de faire face ensemble à l’injustice, aux rumeurs et au reste. Et ensemble, à l’énoncé des noms des victimes, la foule se lève et répond à haute voix : « presente ! »
Je vous invite à dire haut et fort ce « presente ! » pour toutes les victimes de Corse, pour toutes les familles de victimes, per tutte e vìttime, per tutte e so famiglie, per tutte e mamme di Corsica, per l’onore di a Corsica. » •
*https://arritti.corsica/millaie-di-personi-in-carrughju-2
https://arritti.corsica/ce-combat-nest-pas-seulement-judiciaire-et-politique-il-est-culturel








