Depuis l’entrée en vigueur du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE, ou Traité de Lisbonne) en décembre 2007, les instances dirigeantes de l’Union européenne ont régulièrement fait la sourde oreille aux demandes des autorités insulaires de l’Union pour donner une application concrète à l’article 174 de ce traité qui demande à l’UE de « développer son action (…) visant à réduire l’écart entre les niveaux de développement (…) (en accordant) une attention particulière aux régions qui souffrent de handicaps naturels ou démographiques graves et permanents, (…) telles que les régions insulaires (…) ». Depuis le 10 juin 2026, une page est tournée avec la présentation par l’Union européenne de sa première « Stratégie pour les îles ».
Le combat pour la mise en place d’une stratégie Européenne pour les Îles a été la priorité des parlementaires européens insulaires lors de toutes les mandatures depuis 2008. Sans succès durant 15 ans. Le point de bascule a été en juin 2022 lors du vote du rapport Omarjee appelant la Commission européenne « à construire une vision de long terme pour les îles européennes, appuyée sur un pacte des îles et un agenda insulaire ».
Ce vote a été le résultat d’un travail de lobbying ininterrompu mené avec l’appui de la Conférence des régions périphériques et maritimes, particulièrement de sa Commission des îles actuellement présidée par Nanette Maupertuis. Siégeant alors dans la Commission REGI du Parlement européen, j’ai personnellement participé à ce travail collectif. Younous Omarjee occupait la présidence de la Commission du développement régional REGI, et un autre député a été très actif dans ces travaux, l’italien Raffaello Fitto, du même parti « Fratelli d’Italia » que Giorgia Meloni en Italie. Nommé en 2024 par le gouvernement italien comme représentant de l’Italie au sein de la nouvelle Commission Van der Leyen 2, Il a été un acteur essentiel de l’avancée que nous venons d’obtenir.
De quoi s’agit-il ? Jusqu’à présent, et sans discontinuer depuis 2007, la technocratie bruxelloise s’est accrochée à une doctrine non écrite, mais scrupuleusement appliquée, qui distinguait trois catégories d’espaces insulaires : les territoires ultra-marins situés à plus de 1.000 km des côtes européennes et éligibles à des financements européens particuliers au titre de l’éloignement ; les très petites îles, caractéristiques de la mer Égée notamment, pour lesquelles les États étaient autorisés à apporter des aides sans devoir se plier aux règlements européens généraux ; et les autres îles renvoyées au droit commun européen, c’est-à-dire totalement oubliées malgré l’évidence de leurs « handicaps naturels ou démographiques graves et permanents ».
Un exemple concret récent : depuis janvier 2026, les lignes aériennes et maritimes intérieures de l’Union européenne sont assujetties à la « taxation carbone », dénommée ETS, mais le règlement européen a explicitement prévu une exemption de son application pour les îles de moins de 200.000 habitants. C’est-à-dire incluant toutes les « petites îles » grecques, mais excluant la Corse, la Sardaigne, les Baléares, Malte, la Crète, et quelques autres. À la clef plusieurs dizaines de millions d’euros prélevés sur les liaisons aériennes ou maritimes, qui sont payés ou par les usagers de la continuité territoriale, ou par la Collectivité de Corse qui intervient pour en limiter l’impact sur les usagers, ou par les consommateurs lors de leurs achats de marchandises importées dont le prix répercute l’impact de cette taxe.
Autre exemple très concret : l’État français a décidé pour renflouer son budget de presque tripler en janvier 2026 la taxe sur les transports aériens dite TSBA (Taxe de solidarité sur les billets d’avion), et il a appliqué cette augmentation de taxation à la Corse en arguant « qu’une exemption n’était pas possible au regard du droit communautaire ». Sauf que la Commission, vu ses nouvelles orientations, a donné récemment son feu vert à une telle exemption, obligeant le gouvernement français à s’y résoudre, diminuant de presque 19 € le prix aller-retour d’un billet d’avion pour les insulaires bénéficiant du tarif résident. Soit plusieurs millions d’euros qui resteront disponibles pour le pouvoir d’achat des « résidents corses ».
Mais les effets de ce changement d’orientation de la Commission européenne seront surtout à venir, dans la définition des politiques de cohésion pour la prochaine période à compter de 2028. Agriculteurs, pêcheurs, en tant que professionnels tributaires des aides européennes, les collectivités corses pour financer leurs politiques publiques, et les usagers pour compenser les handicaps de l’insularité, pourront en bénéficier.
Enfin ! •








