L’existence de l’unité de pisciculture marine Gloria Maris d’Aiacciu à la Parata, implantée à l’abri des îles Sanguinaires il y a quarante ans, est toujours l’objet de la vindicte de l’actuel maire de la ville, Stéphane Sbraggia, élu une première fois maire en 2022 quand Laurent Marcangeli lui a cédé le siège après son élection comme député, puis réélu en mars dernier.
La première attaque est venue dès 2022, quand, fraîchement élu, Stéphane Sbraggia a décidé d’annuler l’autorisation d’utiliser le ponton, établi sur une parcelle propriété de la commune, sur lequel s’amarrent les embarcations utilisées par l’exploitant de la ferme marine, ainsi que les quelques structures précaires qui l’accompagnent.
Cette volte-face soudaine du nouveau maire d’Aiacciu par rapport à son prédécesseur qui avait accordé en 2020 une autorisation en bonne et due forme, avait pour but de faire cesser, au nom de l’environnement, cette activité économique qui génère plusieurs dizaines d’emplois directs, et qui alimente de façon remarquable l’économie primaire de la Corse, celle qui crée des emplois dans l’agriculture, la pêche et l’industrie, soit une production de base, par opposition au bâtiment, aux services et aux commerces dont l’activité dépend des consommations générées par les salariés des activités primaires et par les apports de l’économie touristique.
L’économie touristique est d’ailleurs en embuscade dans ce dossier puisqu’on a rapidement appris que le projet envisagé était de consacrer le ponton existant à de nouvelles excursions pour les sociétés de promenade en mer vers Mezu Mare, la grande île des Sanguinaires, jusqu’ici préservée de toute fréquentation. Au nom du Grand Site ?
L’importance du secteur piscicole pour la Corse est renforcée par le succès industriel rencontré par Gloria Maris qui en est devenu avec le temps le leader pour la France entière. Il bénéficie de ce fait du soutien de l’État vu son apport à l’activité économique de la France, en Corse, et sur plusieurs sites qu’elle gère hors de Corse.
Cet appui de l’État se manifeste par l’octroi d’une concession en mer qui permet d’implanter les cages dans lesquelles les poissons grandissent jusqu’à être commercialisés. Cette concession arrivant à terme, la préfecture a engagé une procédure pour son renouvellement, à périmètre égal, pour une durée de quinze années.
Le maire d’Aiacciu s’est saisi de l’enquête publique ouverte pour relancer la polémique qu’il avait initiée en 2022. Pourtant sa délibération de novembre 2022 décidant d’annuler le bail consenti en 2020 pour l’appontement, et moins de 600 m2 alentour, par son prédécesseur, a été annulée par le Tribunal Administratif en novembre 2025. Cette décision de justice a rétabli les droits du bail emphytéotique précédemment accordé, qui court jusqu’à 2050. Stéphane Sbraggia a interjeté appel de cette décision.
Pour poursuivre sa vindicte, Stéphane Sbraggia s’appuie sur le classement des Iles Sanguinaires comme Grand Site de France. Il affirme que ce classement est menacé par la ferme marine et ses installations. Pourtant, malgré la polémique de 2022, ce classement a été renouvelé en février 2024. Plusieurs raisons à cela : l’antériorité, car la ferme marine était implantée là bien avant la création du Grand Site, et l’engagement de la société exploitante de réaliser à ses frais une refonte de ses installations terrestres pour les améliorer, et les accompagner d’une présentation au public de son activité. Cette demande de permis de construire, dont l’élaboration avait été concertée avec les services de la mairie quand Laurent Marcangeli en était le maire, a été refusée par Stéphane Sbraggia, décision dont l’effet est de perpétuer le caractère précaire des installations, dommageable par leur impact sur le site.

Dans son communiqué en réponse aux récentes attaques du maire d’Aiacciu, le dirigeant de Gloria Maris, Bastien Riera, qui a pris la suite de son père Philippe, rappelle que la création de cette activité il y a quarante ans, répondait à une demande des pouvoirs publics, que sa cohabitation avec le Grand Site de France a été reconnue de fait lors du renouvellement de ce label il y a deux ans, que les décisions de justice leur ont été favorables devant le Tribunal administratif, et il confirme son engagement pour réaliser à ses frais les investissements nécessaires pour améliorer l’impact des installations à terre. Encore faut-il que la mairie accorde les autorisations nécessaires.
Il conclut : « notre volonté : rester, investir et dialoguer. (…) Nous ne demandons aucun privilège. Nous demandons que le droit soit respecté et qu’un dialogue s’ouvre. Nous sommes prêts à investir dès demain dans une base à terre exemplaire. (…) Les conditions d’aujourd’hui ne sont pas de notre fait, et elles ne sont pas acceptables ». •








