Une éolienne flottante est une éolienne destinée à être implantée en haute mer, là où les fonds marins sont trop profonds pour envisager de la fixer à même la roche. L’éolienne est alors construite sur un flotteur gigantesque qui est arrimé par des câbles aux hauts fonds marins afin qu’il ne puisse dériver.
Ce procédé est le dernier-né de la technologie des éoliennes. Il permet de les implanter plus au large, où les vents sont plus puissants et plus réguliers. Cependant cet éloignement a une contrepartie économique : il faut des installations très grandes pour amortir une exploitation bien plus difficile, assimilable aux contraintes des plate-formes de forage au large, si bien que les majors du pétrole sont en pointe dans ce dossier, et aussi une infrastructure de raccordement électrique sur longue distance sous-marine, avec conversion en courant continu entre le parc éolien et la côte pour limiter les pertes en ligne, puis son rétablissement en courant alternatif une fois à terre avant de l’injecter dans le réseau.
Un projet de ce type est par nature associé à un port d’attache dont les infrastructures terrestres sont suffisamment vastes pour accueillir le colossal chantier d’assemblage des flotteurs, des mâts et des pales. Un tel espace portuaire n’existe pas en Corse, et ils sont rares, y compris sur les côtes continentales françaises ou italiennes.
L’installation qui est projetée au large des côtes du Cap Corse est donc italienne. Son promoteur principal en est un des géants pétroliers mondiaux, ENI, qui est à l’Italie ce que Total est à la France. Et l’opération sera gigantesque, mettant en œuvre des éoliennes de 18 MW, les plus grandes construites à ce jour, au nombre de 48 exemplaires, soit une puissance totale du parc éolien de 864 MW, plus de deux fois la puissance nécessaire pour alimenter toute la Corse un jour de pointe.
Vu le caractère colossal de l’infrastructure, il est bien sûr nécessaire de s’interroger sur son impact environnemental, dans une zone proche de la Réserve naturelle du Cap Corse, qui inclut, aux limites du site proposé, un écosystème coralligène très important découvert récemment (les anneaux coralligènes du Cap Corse), très important pour la biodiversité marine, mais potentiellement vulnérable lors des travaux d’arrimage des flotteurs.
La navigation sera aussi impactée par ces mastodontes des mers. Leur implantation devra donc être compatible avec une circulation facile des navires qui sont très nombreux dans le Canal de Corse qui sépare les côtes corses et toscanes.
Enfin, ce parc éolien, s’il est prévu d’être implanté dans les eaux internationales, sera surtout visible à l’horizon depuis le nord du Cap Corse, induisant une gêne visuelle dans un site remarquable.
Au moment des études d’impact et des procédures pour éventuellement autoriser un tel chantier au large de la Corse, on se rend compte que la Corse sera consultée uniquement pour la forme, à travers une enquête en ce moment diligentée par la préfecture.
Les éléments de cette enquête « seront transmis au ministère italien de l’Environnement », et la décision finale sera in fine prise par le seul État italien.
Femu a Corsica, avec de nombreux élus du Cap Corse et avec l’appui de la Réserve naturelle du Cap Corse, a réussi à alerter vigoureusement sur ce projet, dont les impacts prévisibles concernent surtout la Corse, même s’il est implanté dans les eaux internationales (lire par ailleurs).
Lors d’une réunion publique tenue à Santa Maria di Lota, la mobilisation a été forte et déterminée.
Dans son communiqué, Femu a Corsica dénonce « la nature des procédures en matière de coopération transfrontalière, qui permet aux États d’imposer à la Corse et aux Corses des décisions qui nous concernent et nous impactent directement. (…) Les institutions de la Corse n’ont en effet aucune compétence propre et les différentes collectivités et les citoyens ne sont consultés que pour avis simple, la décision revenant in fine à l’État italien. De même, à supposer que la décision soit in fine favorable, le Cap corse et la Corse ne retireraient aucune contrepartie de la réalisation de ce projet y compris en matière de fourniture d’énergie. »
Ce projet de parc éolien dans le Cap Corse soulève ainsi plusieurs questions fondamentales, y compris celui des droits du peuple corse à être pris en compte dans le processus de décision sur un projet dont il aura à subir l’essentiel des impacts. •








